Les seins des Saintes | Christian Libens

Jaune cocu. L’imprimeur n’y a pas été avec le dos de la cuillère. Figurez-vous que cela m’a coulé sur les mains! Du jaune poussin à ne savoir qu’en faire. Comme un enfant après un atelier peinture, je me suis essuyé sur mon jeans mais le livre, lui, a continué de verser. Sans retenue. Et vas-y que je t’éclabousse!

Avant, les livres savaient se tenir. Tu pouvais les laisser traîner partout dans la maison, ça ne mouffetait pas, et surtout, ça ne pleurait pas ce jaune dégueulasse. Ce temps-là est révolu, maintenant faut qu’ils se parent de couleurs criardes pour qu’on les adopte. Tu verras que dans dix ans ils clignoteront pour attirer notre attention!

En attendant, ce fichu livre est entrain de moucheter ma bibliothèque. Si cela ne part pas, j’expliquerai à l’hémisphère gauche de mon cerveau qu’il n’a pas à s’en faire. Yellow is the new Black. Bref.

Avant de lire son roman, Les seins des Saintes (1), j’avoue tout de go, n’avoir jamais entendu parler de Christian Libens. On a pourtant un point commun aussi évident que le jaune canari de son ouvrage: on est, tous les deux, de la région liégeoise. Autant dire que lire une enquête policière qui se déroule dans notre bonne vieille cité ardente avait de quoi chatouiller ma curiosité. Au vu du titre et de la couverture, ça allait être gras comme des croustillons, sombre comme une ruelle du Carré, et fleuri telle une liégeoise toujours trop maquillée! Alors, que reste-il après la lecture de ces cent-soixante-deux pages?

Une impression mitigée entre un plantage total et une œuvre parodique étirée jusqu’à la rupture. À l’instar de ces nanards du cinéma qui, à force d’être dans l’invraisemblable ridicule, en deviennent intéressants et cultes. Pour jouer dans cette catégorie, il aurait fallu que le roman ne soit pas bloqué dans un entre-soi dont seul l’auteur semble comprendre les références. Car planter l’histoire de liégeois (dont un homme dévoreur de seins) qui se balancent des blagues de bouquinistes biberonnés aux lectures de Simenon, dans les années « nonante », cela ne facilite pas la tâche du lecteur.

Il n’en reste pas moins que ce roman est arrivé à me décrocher quelques sourires, de par son phrasé de vieux coquin grotesque et de par sa construction, 162 pages divisées en 52 chapitres, chacun sous-titré à coup de:

Chapitre 16: Où Vanessa parle à Tina d’Agata et gnagnagna.

Chapitre 20: Où le végétarisme ne fait pas l’unanimité mais alors pas du tout.

Un livre hors-norme pour le meilleur (cela reste à prouver) mais surtout pour le pire. Peut-être, devrais-je le relire dans dix ans afin de comprendre les références de polars et ces blagues de potache qui me sont passées sous le nez. En attendant, je recommande ce roman aux écologistes. Placé à bonne hauteur, dans votre bibliothèque, cet objet, grâce à sa couleur jaune fluo éclairante, vous permettra de rentrer en pleine nuit dans vos pénates, rond comme une queue de pelle, sans allumer la moindre lumière!  Ne dit-on pas que la grande littérature est celle qui nous éclaire ?


(1) LIBENS C., Les seins des Saintes, Editions Weyrich, 2019.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s