De l’intelligence humaine dans la technologie

Il y a de cela quelques années, j’ai eu l’occasion de visiter une petite entreprise spécialisée dans la sécurité et plus spécifiquement dans le contrôle d’accès. Je revois encore le patron de la PME faire l’étalage de tout ce que sa société pouvait proposer comme solutions, du simple badge d’accès à la caméra intelligente qui lit les plaques d’immatriculation, son panel de produit était large et bien rôdé. 

De plus, ce chef d’entreprise s’était même permis une pointe d’humour pour clôturer sa démonstration. Il avait sorti hors de sa poche une minuscule puce électronique « à placer sous la peau comme dans les films de science-fiction”. Je me rappelle des sourires ironiques autour de la table de réunion et d’une personne lui ayant lancé un “c’est toujours bien de finir un exposé par une petite feinte”. Sa réponse fut cinglante … : Ce n’est pas une feinte, c’est déjà une réalité.(1)

A l’instar de cette anecdote, la technologie numérique est une réalité qui a révolutionné, de fond en comble, notre mode de vie et qui n’est pas nécessairement bien cernée par la plupart d’entre-nous. Certes, nous utilisons, par exemple nos smartphones pour réaliser un foule d’opérations quotidiennes mais que savons-nous réellement de ces objets? Le champs d’application de la technologie numérique est semble-t-il inépuisable et la presse, dans son ensemble, nous sermonne que les changements à venir – comme le transhumanisme – modifieront à nouveau nos vies. Il est donc temps de penser cette ère disruptive … afin de ne pas la subir.

Avant toute chose il me semble utile de revenir sur une étape clé du bouleversement numérique: L’arrivée de l’ADSL au début des années 2000. 

C’est en effet à ce moment qu’Internet s’est vraiment répandu dans les foyers européens. Pour faire simple, avant les années 2000, le modem qui permettait d’accéder à la Toile était lent, on parlait à cette époque de modem 56kb, et il était impossible d’avoir une utilisation poussée d’un réseau à coup de 56 kbit/sec.(2) Imaginez une page web sans élément multimédia qui se charge au goutte à goutte. Ensuite est arrivé le fameux ADSL et il a été enfin possible de surfer sur Internet d’une manière nettement plus rapide et conviviale.

C’est ce saut technologique quantitatif et qualitatif qui a permis d’entrevoir les possibilités du numérique d’aujourd’hui. Il a été, presque soudainement, possible de consulter, d’envoyer et de télécharger n’importe quel contenu multimédia à une vitesse acceptable pour l’utilisateur lambda.

Car c’est spécifiquement de cela qu’il s’agit: quand l’accès à internet était limité à du 56kbit/s ce réseau mondial était principalement réservé aux initiés mais dès que l’ADSL est apparue, Internet a réellement été accessible au plus grand nombre. C’était les prémisses de l’ère numérique.

Depuis ce temps pas si lointain, les sauts quantitatifs dans la technologie se sont succédés à une vitesse effrénée. La fibre optique a remplacé l’ADSL, les composants informatiques se sont miniaturisés et l’accès à Internet est devenu mobile grâce à la 3G, 4G (voire la 5G récemment). Ces évolutions ont permis à l’économie du numérique d’émerger et d’apporter avec elle son lot de facilités. Il est par exemple, maintenant possible de travailler sur un dossier, en direct, avec quelqu’un qui habite à l’autre bout de la planète. Tout comme il est possible d’accéder à n’importe quelle information encyclopédique en quelques clics (ou en scrollant l’écran de son smartphone), et ce peu importe l’endroit où l’on se trouve. Grâce au numérique, Internet est devenu le monde où chacun peut se faire le porte-parole d’une cause qui lui est chère tout en s’adressant au monde entier.  Cette révolution, qui est survenue en une poignée d’années, a affranchi l’humain de certaines contraintes pour le meilleur…

Mais aussi pour le pire, car il serait naïf de croire que cette révolution techno n’a drainé dans son sillage qu’un monde émancipé et avide de connaissances. Cette abondance de possibilités traîne avec elle son lot d’effets pervers. Premièrement, l’addiction aux écrans ou l’hyperconnectivité sont des troubles bien réels, avec comme cible première les plus jeunes générations.(3) Elles sont nées en même temps que la révolution informatique et sont donc plus sensibles aux sirènes du numérique. Les créateurs d’applications ou de jeux vidéo l’ont compris: Si une personne est éduquée principalement par le numérique alors il sera aisé de la rendre accroc au même numérique. Le but étant évidemment de créer l’addiction à des fins commerciales. Business is business.

Mais s’arrêter aux seules jeunes générations serait se fourvoyer grossièrement car la face cachée du numérique concerne tout le monde. Comme je l’indiquais dans l’article le miroir du transhumanisme, à travers nos réseaux sociaux nous nous soumettons à l’injonction de la perfection irréaliste, nous voyons passer sous nos yeux des centaines de vies faussement trépidantes, des milliers de photos retouchées. Les réseaux sociaux s’adressent essentiellement à notre égo et nous mettent dans des situations de comparaison. Le risque étant que notre avatar Instagram ou Snapchat efface notre vie réel. Un de exemples désastreux est la recrue d’essence de jeunes filles faisant appel à la chirurgie esthétique afin de ressembler aux diktats d’influenceuses!

Comme nous l’avons vu, l’ère du numérique touche tout le monde et ne nous a pas laissé le temps de considérer comment nous devions utiliser ses nouveaux outils. Il me paraît, dès lors, important de reconsidérer notre utilisation de la technologie et d’anticiper les prochaines étapes. En tant qu’utilisateurs, si nous voyons la technologie comme une fin en soi et non comme un moyen, nous nous condamnons à être son esclave volontaire. 

Il serait, selon moi, d’intérêt public, de (re)penser activement notre rôle dans un monde toujours plus technologique. Pour ce faire, voici une proposition de quatre axes importants:

1. Approfondir les connaissances de base

En approfondissant nos savoirs en français, mathématiques et sciences, nous sommes plus à même de comprendre les mécanismes de base qui rendent une technologie possible. Nous pouvons enfin imaginer qu’un smartphone soit autre chose qu’un terminal pour nos réseaux sociaux et comprendre un tant soit peu son fonctionnement ainsi que sa logique. D’ailleurs n’y a t-il pas logique dans l’adjectif technologique ? ;))

2. Développer l’esprit critique

La passivité certaine avec laquelle nous utilisons parfois le numérique est au mieux alarmante. En remettant en question notre mode de fonctionnement, en se mettant face à des idées que nous ne partageons pas forcément, nous sommes plus enclin à nous poser des questions au lieu de foncer tête baissée devant la nouvelle app à la mode. En développant cet esprit critique nous utilisons la technologie et non l’inverse.

3. Aider à la compréhension de la technologie

À l’instar des coding dojos, je prône la création à grande échelle de leurs pendants destinés aux personnes n’ayant aucune connaissance en informatique. Des thèmes précis mais variés seraient abordés de manière participative afin de pouvoir s’émanciper des décisions liées au numérique et prises à notre place. « De quoi se compose un smartphone? », « Qu’est-ce que la publicité sur Internet? ».

4. Diversifier et vérifier ses sources d’apprentissage

L’avantage indéniable d’Internet est que l’apprentissage n’a jamais été aussi accessible. Encore faut-il pouvoir faire le tri parmi les millions de sources disponibles. Un gage de fiabilité peut se trouver, par exemple, dans les MOOC qui proposent des cours de niveau débutant à expert et qui permettent d’avoir non seulement une compréhension active de la technologie mais aussi d’anticiper les changements à venir avec sérénité. Il me semble plus qu’utile de s’intéresser à ces méthodes d’apprentissage qui, à terme, remplaceront les cours classiques.

 

Si nous arrivons à intégrer ces quatres axes dans nos vies il me semble que nous aurons les compétences nécessaires afin d’utiliser n’importe quelle technologie avec toute la mise à distance nécessaire. En reprenant notre rôle d’être humain raisonné nous reprenons par la même occasion une certaine maîtrise de la technologie digitale et nous pouvons nous préparer, sereinement, aux futurs changements. Pourquoi croyez-vous que les cadres de sociétés de la Silicone Valley aient mis la technologie à distance raisonnable … pour leurs propres enfants? (4)

 

N.B. Cet article est aussi publié sur le site The Power Of Our Digital World.



(1) https://www.droit-technologie.org/actualites/societe-implante-puces-rfid-peau-de-employes/

 

(2) https://www.zdnet.fr/blogs/infra-net/acces-internet-et-si-on-revenait-au-modem-56k-juste-pour-voir-39831970.htm

 

(3) https://la-rem.eu/2018/05/generation-ecrans-une-addiction

 

(4) https://www.courrierinternational.com/article/aux-etats-unis-la-deconnexion-est-reservee-aux-enfants-riches

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