Antimanuel de philosophie | Michel Onfray

La philosophie est une chose étrange. Demandez à mille individus ce qu’elle représente pour eux et vous aurez une kyrielle de réponses différentes. Pour Jean-Pierre, il s’agit d’un beau projet de vie mais … inatteignable dans les faits; Yasmina le contredira, pour elle c’est une béquille qui l’aide à traverser des épreuves. Chez Benjamin, cela représente une discipline ancestrale pratiquée par de vieux barbus. Tandis que pour Maria, il s’agit d’une masturbation intellectuelle sans queue ni tête ! 

Le moins que l’on puisse dire est qu’il n’y a pas un consensus pour affirmer que la philosophie c’est exactement “cela” et pas autre chose. Nous connaissons des noms de philosophes comme Nietzsche, Épicure, Platon — pour ne citer qu’eux — mais rare sont les personnes qui peuvent se targuer de comprendre de fond en compte la portée de leurs textes. Moi le premier 😉. Il faut, bien souvent, le recours à des personnes qui reformulent les écrits de philosophes majeurs dans un langage plus accessible.

Avant de devenir l’homme médiatique que l’on connaît Michel Onfray fut professeur de philosophie dans un lycée technique et publia, en 2001, un antimanuel de philosophie (1). Un ouvrage de 334 pages qui a pour objet d’aborder les thèmes classiques de la philo d’une manière simple et originale. Analyse.

Dès les premières lignes, nous pouvons déceler une écriture qui se veut abordable. L’auteur français se met à hauteur des lycéens pour tenter d’expliquer ce qu’est la nature, l’art ou encore la liberté. Il prend comme point de départ, des questions amusantes du genre: reste-t-il beaucoup de babouin en vous? Quelle part de votre raison disparaît dans une soirée bien arrosée? Faut-il être obligatoirement menteur pour être Président de la République? et essaie de démystifier la philo chez les adolescents en abordant des concepts d’une façon iconoclaste. L’entreprise est louable ! Certes le livre fût publié en 2001 et l’avènement de Youtube a changé la donne dans le domaine de la vulgarisation des connaissances. Mais là où une vidéo sur internet se consomme, un livre invite à prendre le temps de la compréhension (et sans notifications intempestives 😉). Cet ouvrage, un peu daté, pose des questions plus que jamais actuelles. Pourriez-vous vous passer de votre téléphone portable ?

Sûrement pas, du moins je le suppose car, une fois accomplis, les progrès techniques rendent difficiles et improbables les retours en arrière. On peut résister, traîner les pieds, les refuser un temps, mais le consentement est inéluctable, parce que le mouvement du monde oblige à suivre le nouveau rythme. Qui refuserait aujourd’hui l’électricité, les voyages en voiture, les acquis de la médecine moderne ou les déplacements en avion ? Qui préférerait la lampe à pétrole ou la bougie, la marche ou la diligence, la maladie sans soin ou la mort assurée ? Personne, pas même les ennemis du progrès ou les opposants habituels aux avancées techniques. Quel écologiste fâché avec les trains à grande vitesse, les autoroutes ou l’extension des aéroports — et il en existe un certain nombre — effectue ses déplacements exclusivement à pied ou à bicyclette ? (2)

Si l’ensemble du livre est écrit de manière accessible, il n’en reste pas moins que le philosophe français nous questionne sur des thématiques aussi diverses qu’intéressantes même pour les adultes. Il nous expose une lecture du monde qui est la sienne. A nous, ensuite, de pousser nos recherches plus loin afin d’avoir notre propre avis sur ces questions. A ce titre il est appréciable que Michel Onfray ait agrémenté ses explications d’extraits de textes d’autres auteurs tout en expliquant, en quelques-mots, qui étaient ces auteurs. D’un autre côté, l’enchaînement de styles si différents les uns des autres a pour effet d’un peu gâcher le plaisir de la lecture puisque l’on passe, sans arrêt, d’une écriture simple à des textes poussés mais inégaux.

Au rayon des anecdotes on notera que cet ouvrage est aussi l’occasion de lire un Onfray bien tendre avec Sigmund Freud (P.238) alors qu’il rédigera un livre nettement à charge quelques années plus tard (Le crépuscule d’une idole).

En conclusion, cet antimanuel de philosophie permet d’avoir une large vue sur des questions qui nous concernent toutes et tous, de près ou de loin. De redécouvrir l’origine des mots comme la légende d’Onan (et l’onanisme), de faire un lien entre des concepts et notre époque (le bovarysme et les réseaux sociaux) et de débroussailler certains procédés rhétoriques (comme le sophisme). Même si l’ouvrage est mal équilibré entre les textes personnels de l’auteur et les autres, il n’en demeure pas moins que ce genre de livre aide à aiguiser notre esprit critique. 

Qui a dit que la philosophie était inutile ? 😉 

A bientôt,


(1) ONFRAY M., Antimanuel de philosophie, Editions Bréal, 2001.

(2) Ibid., P.94

14 réflexions sur “Antimanuel de philosophie | Michel Onfray

  1. Peut-être que le Michel ONFRAY de l’époque était abordable. En ce sens, ce livre doit être intéressant à lire.
    Mais hélas, depuis, Onfray est tombé dans le piège de la pipolisation médiatique, et il a compris qu’il pouvait gagner beaucoup plus d’argent en faisant de la provocation inutile qu’en essayant d’expliquer ce que pouvait être la philosophie !
    Bonne journée à toi, Johan.

    Aimé par 2 personnes

    1. Bonjour,

      Ce livre est, en effet, abordable. Et c’est sans doute sa qualité première puisqu’il s’adressait, à l’origine à des lycéens. Je regrette simplement le peu de mise en contexte au vu des textes d’autres auteurs qui clôturent chaque chapitre…

      Pour ce qui est de Michel Onfray, il m’est compliqué d’avoir un avis sur le personnage public. D’un côté, il est une voix dissonante et affirmée dans le paysage audiovisuel français. D’un autre côté, il est le symbole d’une époque qui a besoin de « buzz » pour … exister.

      À bientôt et merci de ta lecture.
      Johan

      Aimé par 3 personnes

      1. Bonjour Dominique,

        Oui au début de la « transition » de l’ancien éditeur vers le nouvel éditeur WP. Je me rappelle avoir dû cliquer sur une information afin de garder l’ancien éditeur mais depuis quelques-jours, j’ai quand même le nouvel éditeur.

        Je ne comprends pas l’intérêt du nouvel éditeur qui nous force à écrire en blocs … 😉

        Aimé par 1 personne

    1. Il a le mérite, comme tu dis très justement, d’alimenter la réflexion et d’apporter une vision souvent différente de ce que l’on entend dans les médias traditionnels.

      Maintenant je me méfie toujours d’une personne qui manie à ce point la rhétorique. Certains de ses arguments me font parfois l’effet d’un gant que l’on peut retourner à sa guise suivant le contexte…

      A bientôt,

      Aimé par 1 personne

  2. Ping : Antimanuel de philosophie | Michel Onfray — Les Petites Analyses – Le Vélin et la Plume

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