Traité d’athéologie | Michel Onfray

Certains vins doivent décanter pour à nouveau être apte à la dégustation. Cette mise à l’épreuve permet au vin de retrouver sa quintessence, la raison pour laquelle il a été produit. Encore faut-il avoir été, un minimum, initié à l’œnologie pour apprécier ce monde aromatique et goûter ses variations. Au fur et à mesure de l’initiation, ce sont presque les cinq sens qui sont exploités pour différencier les subtilités et les cépages. On passe ainsi d’une simple histoire de goût à la reconnaissance d’une technique viticole plurimillénaire.

Le traité d’athéologie (1) de Michel Onfray, sorti en 2005, est, selon moi, un livre qui s’inscrit dans ce même processus initiatique. Quelques références sont nécessaires pour suivre le philosophe dans ses pérégrinations d’athée – ou, du moins, faut-il avoir à portée de mains les 3 ouvrages que sont la bible, la torah ou encore le coran, pour pouvoir vérifier les dires de Onfray. Ensuite, le fait de laisser couler les années, avant de relire certains de ses écrits, permet une prise de recul temporelle, une décantation de ses paroles. Alors que reste-il de ce traité d’athéologie qui fit sensation à l’époque? Était-ce de la piquette ou un millésime? Analyse.

En se donnant l’objectif de déconstruire les trois grands monothéismes, Michel Onfray retrace l’Histoire, telle une ligne du temps, à la lueur de moyens contemporains. Bibliographie, biographies, références aux sciences. Libre à chacun, ensuite, d’aller vérifier si les exemples, que prend le philosophe, sont pertinents ou tirés par les cheveux. D’où l’intérêt d’avoir les trois « grands » livres sacrés à portée de main quand on lit ce genre d’essai.

Tout d’abord, dire que Jésus n’a jamais existé peut paraître un lieu commun pour beaucoup d’entre-nous mais Michel Onfray recompose les pièces du puzzle historique et démonte cette fable, point par point, à coup de mises en perspective chronologiques. Nous apprenons ainsi que cette histoire de Jésus représente un style rhétorique et littéraire classique dans les mythes créés par les philosophes antiques:

Marie, mère de Jésus, conçoit dans la virginité, par l’opération du Saint-Esprit; banal: Platon également procède d’une mère dans la fleur de l’âge, mais disposant d’un hymen préservé. […] Le fils de Joseph est surtout fils de Dieu? Pas de problème : Pythagore également que ses disciples prennent pour Apollon venu directement de chez les Hyperboréens. Jésus effectue des miracles, rend la vue à des aveugles, la vie à des morts? Comme Empédocle qui, lui aussi, ramène à la vie un trépassé…  (2)

Onfray articule aussi son raisonnement, parmi tant d’autres exemples, autour d’un certain Constantin – l’empereur romain – qui jouera le rôle de rampe de lancement pour le christianisme, au IVème siècle. On y apprend que cet empereur, conscient du pouvoir de soumission de la religion chrétienne imposera, par la force, cette dernière à tout l’Empire romain. Ainsi quiconque ne se convertit pas au christianisme à partir de Constantin s’expose à de graves problèmes. En d’autres termes: l’Inquisition avant l’heure.

Le traité d’athéologie est un livre de dissection du christianisme mais aussi du judaïsme ou de l’islam. Le philosophe va prélever des sourates qui prêchent, noir sur blanc, des appels à la violence contre quiconque ferait partie du camp d’en face. Ceci est d’ailleurs un point commun aux trois monothéismes: Prôner la paix, oui mais seulement pour les membres d’une même religion. L’autre étant toujours un ennemi potentiel voir un infidèle, mécréant, impie, une brebis égarée, … j’en passe des vertes et des pas mûres.

De plus, Michel Onfray vise juste en avançant que la lecture de la bible, torah ou du coran peut se faire à coup de prélèvements puisque ces trois livres sont pétris de contradictions, on peut dire une chose et son contraire puisque les deux sont écrits: guerre et paix, pardon et détestation de l’autre, fable et réalité. Schizophrénie tout simplement. En revanche ces mêmes écrits sacrés savent être limpides quand il est question de soumission de la femme ou du rejet du corps sexué. Bref n’en jetez plus.

Michel Onfray est un historien de la philosophie. Avec ce traité d’athéologie on peut saluer son travail de déconstruction mais l’on a bien du mal, en refermant ce traité, à comprendre pourquoi il ne va pas plus loin pour construire une pensée positive, indépendante du discours religieux. Les plus au fait me diront que le philosophe français a formulé ce souhait dans des ouvrages tels que Cosmos ou La puissance d’exister. Mais en appelant ce livre « traité d’athéologie », n’était-on pas en droit de s’attendre à plus qu’une déconstruction?

Certes, le philosophe de Caen, fait une petit incursion sur le terrain du post-humain et explique pourquoi les religions arrivent si facilement à enrôler de nouveaux membres encore aujourd’hui dans notre société nihiliste. Mais peut-être aurait-il fallu ajouter un chapitre entier sur une pensée libre qui trace seule son sillon. Qui ne se pense pas contre quelque-chose mais indépendamment.

Ce livre offre donc des pistes de réflexion à la lumière de l’Histoire des religions. Il reste au lecteur à se faire un avis quant à l’athéisme, en espérant qu’il ne déplace pas le problème en troquant son chapelet pour un autre objet de dévotion du style … smartphone.


(1) ONFRAY M., Traité d’athéologie, Editions Grasset, 2005.

(2) Ibid., P.155 et 156.

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