La gloire de mon père | Marcel Pagnol

Les langues régionales ont une saveur particulière. Une poésie populaire où chaque phrase exprimée est un feu d’artifices de sons et d’images qui en dit long sur la région dans laquelle cette langue est parlée. Ainsi, en wallon, quand vous dites “C’èst todi lès p’tits qu’on språtche !” vous ne dites pas exactement la même chose que “C’est toujours les petits qu’on écrase” car vous vous trouvez dans une certaine région, à une certaine époque, dans un contexte particulier. Ces menus détails tendent à s’effacer lorsqu’ ils sont transposés dans ce que l’on appelle le bon français.

En commençant la lecture de La gloire de mon père (1) j’espérais retrouver une certaine oralité du provençal, me rappelant les quelques-mois passés au pied du Luberon accompagné de cet accent chantant et de ces expressions toutes plus savoureuses les unes que les autres. Ai-je trouvé ce que je cherchais à travers ce livre ? Analyse.

Avant d’être l’écrivain que l’on connaît, Marcel Pagnol fut tout autant un dramaturge et un producteur de renom. On ne compte plus ses succès dont la trilogie des pièces de théâtre sobrement appelée Trilogie marseillaise (avec les personnages de Marius, Fanny et César). En 1957, l’auteur délaisse le cinéma et le théâtre pour se consacrer à l’écriture d’une tétralogie de romans autobiographiques sur ses souvenirs d’enfance dans les collines autour d’Aubagne. La gloire de mon père est le premier tome de cette série.

Tout s’articule autour des aventures de Marcel, enfant qui découvre petit à petit le monde qui l’entoure, c’est à dire tout d’abord celui du cercle familial représenté, entre autre, par son père, Joseph, un instituteur anti-clérical et Augustine la mère discrète mais on ne peut plus aimante :

“ Je n’ai jamais su comment ils s’étaient connus, car on ne parlait pas de ces choses-là à la maison. D’autre part, je ne leur ai jamais rien demandé à ce sujet, car je n’imaginais ni leur jeunesse ni leur enfance. Ils étaient mon père et ma mère, de toute éternité, et pour toujours. L’âge de mon père, c’était vingt-cinq ans de plus que moi, et ça n’a jamais changé. L’âge d’Augustine, c’était le mien, parce que ma mère, c’était moi, et je pensais, dans mon enfance, que nous étions nés le même jour. “ (2)

L’écriture de Marcel Pagnol est simple et va droit au coeur. Elle nous fait sentir qu’il s’agit bien d’un enfant qui se fait le narrateur de sa vie. Mais c’est aussi un langage qui est celui d’une petite tête blonde qui s’intéresse très tôt à la langue française au point de s’asseoir à la table des “grands” pour y noter les mots compliqués et demander, ensuite, des explications. On sent au fil des pages que la relation père-fils, et surtout la transmission du savoir aura été au coeur de l’enfance de Pagnol.

Et puis, au sujet de la relation parent-enfant, le livre n’élude pas les premières déceptions de l’enfant lorsqu’il découvre que les adultes mentent et que son père n’est pas le surhomme qu’il avait tant imaginé. Comme cette scène où l’oncle Jules explique, au père de Marcel, comment chasser :

“ L’oncle Jules avait parlé toute la soirée en savant et en professeur, tandis que mon père, lui qui était examinateur au certificat d’études, l’avait écouté d’un air attentif, d’un air ignare, comme un élève. 

J’en étais honteux et humilié.

[…] 

– S’il ne tue rien, eh bien moi, ça me dégoutera. Oui ça me dégoutera. Et moi je ne l’aimerai plus.

J’avais une envie de pleurer, que j’étouffais d’une tartine. Ma mère le vit bien, et elle vint m’embrasser.

– Tu as un peu raison, me dit-elle. C’est bien vrai qu’au commencement, papa sera moins fort que l’oncle Jules. Mais au bout d’une semaine, il sera aussi adroit que lui, et dans quinze jours, tu verras que c’est lui qui donnera des conseils !

Elle ne mentait pas pour me rassurer. Elle avait confiance. Elle était sûre de son Joseph. Mais moi, j’étais dévoré d’inquiétude, comme le seraient les enfants de notre vénéré président de la République, s’il leur confiait son intention de s’engager dans le tour de France cycliste.“ (3)

Ce roman autobiographique est aussi l’occasion de surligner le plaisir de la découverte dans les collines provençales. Marcel et son petit frère découvre la faune et la flore à travers leurs sens. Ils jouent, hument, expérimentent, écoutent, voient, découvrent et apprennent à même la terre. Il y a évidemment la fameuse chasse à la bartavelle qui donne au récit son côté aventureux mais aussi une série d’anecdotes qui sentent bon le Sud de la France du début du XXème siècle. Le tout au rythme des mots provençaux qui s’enchainent les uns après les autres, comme une galéjade (plaisanterie), un pitchounet (petit enfant) ou encore parpeléger (battre des paupières) !

À bientôt,

N.B. Pour une immersion sonore, les éditions de Fallois ont mis en ligne, un extrait du livre lu par Marcel Pagnol lui-même et qui correspond aux pages 42, 43 et 44. À écouter ici.


(1) PAGNOL M., La gloire de mon père, Éditions de Fallois, 2004.

(2) Ibid., P.22

(3) Ibid., P.142-143

9 réflexions sur “La gloire de mon père | Marcel Pagnol

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