Vous trouverez ici deux résumés du roman Manon Lescaut de l’abbé Prévost (Antoine François Prévost). Il s’agit d’abord d’un résumé détaillé et ensuite d’un résumé découpé par parties.
Il vous est aussi possible d’avoir l’analyse complète du roman via le lien suivant :
📄 Résumé détaillé
Le chevalier des Grieux est un jeune homme promis à un brillant avenir, issu d’une famille noble et destiné par son père à l’ordre de Malte. À 17 ans, alors qu’il termine ses études à Amiens, sa vie bascule lorsqu’il fait la rencontre fortuite de Manon Lescaut dans une auberge. Manon est une belle jeune fille de 16 ans que ses parents envoient contre son gré au couvent. Dès que leurs regards se croisent, c’est le coup de foudre. Ébloui par son charme, des Grieux oublie en un instant sa raison et ses projets religieux : il tombe éperdument amoureux de Manon, et le sentiment semble partagé tant la jeune fille paraît émue et flattée de l’attention du chevalier. Alors que Manon doit partir le lendemain pour le couvent, ils décident ensemble de s’enfuir pour échapper à ce destin. Sous prétexte d’un lien de parenté (Manon le présente comme son cousin pour ne pas éveiller les soupçons) des Grieux l’aide à fausser compagnie à son escorte et l’emmène loin d’Amiens, porté par la passion soudaine qui l’enflamme.
Arrivés à Paris, les deux jeunes amants s’installent dans un petit appartement meublé. Ils vivent d’abord quelques semaines de bonheur pur, savourant leur idylle naissante dans l’insouciance. Des Grieux, follement amoureux, ne voit que Manon et ne pense qu’à la chérir. Cependant, très vite, la réalité matérielle les rattrape : leurs modestes économies fondent à vue d’œil. Manon, qui aime le luxe et les plaisirs, redoute la pauvreté. Elle en parle à demi-mot à des Grieux, qui, de son côté, commence à s’inquiéter de ne pouvoir subvenir longtemps à leur train de vie. Manon le rassure et lui promet qu’une solution se présentera, mais son attitude devient mystérieuse. Un soir, des Grieux rentre à l’improviste et trouve porte close, Manon mettant un temps inhabituellement long à lui ouvrir. La servante lui laisse échapper qu’un visiteur, Monsieur de B…, un riche fermier général d’un certain âge, était présent peu avant. Bouleversé, le chevalier comprend que Manon, désireuse d’assurer leur confort, a pu accepter l’aide financière de cet homme en échange de sa compagnie. Pendant le souper, Manon éclate en sanglots sans livrer toute la vérité. Des Grieux, le cœur serré, devine la trahison sans oser la nommer ; il pardonne presque dans un regard, tant il redoute de la perdre. Mais au même instant, on frappe à la porte : ce sont les valets du père de des Grieux, alerté on ne sait par qui. Sur ordre paternel, on enlève le chevalier pour le ramener de force chez lui, tandis que Manon, affolée, s’enfuit dans la nuit. Le carrosse familial emporte des Grieux loin de Paris, laissant le jeune homme désespéré et en proie aux pires doutes : qui a trahi leur secret ? Manon l’a-t-elle vendu à son père en échange d’argent, ou est-ce Monsieur de B… qui a orchestré cette séparation ? Ces pensées torturent le chevalier pendant tout le trajet.
De retour au domicile paternel, des Grieux est accueilli avec une relative indulgence, mais aussi une pointe d’ironie cruelle. Son père, soulagé de revoir son fils prodigue, ne peut s’empêcher de railler sa naïveté. Il lui révèle sans ménagement que Manon le trompait avec Monsieur de B… et qu’il a été bien dupe de croire à son amour exclusif. Blessé, le jeune homme refuse d’accuser Manon dans son cœur et se replie dans le silence. Afin de prévenir toute nouvelle fuite, son père décide de le faire enfermer dans sa chambre durant plusieurs semaines. Le temps passe et, derrière cette claustration forcée, des Grieux vit un chagrin déchirant. Peu à peu, pourtant, la raison revient. Soutenu par son ami d’enfance Tiberge, un jeune homme pieux et loyal, il tente de se convaincre que l’épisode Manon n’était qu’une erreur de jeunesse. Après six mois, le chevalier finit par reprendre goût à ses études. Sous l’influence de Tiberge et pour se détourner des passions terrestres, il choisit alors de s’engager dans la voie religieuse. Avec la bénédiction paternelle, il entre au séminaire de Saint-Sulpice à Paris pour faire son noviciat d’abbé, espérant trouver dans la prière l’apaisement de son tourment. Des Grieux se montre fervent et assidu, s’efforçant d’oublier Manon dans l’austérité et la foi.
Le destin, cependant, en décide autrement. Un jour, lors d’une soutenance publique à la Sorbonne, des Grieux aperçoit dans l’assistance celle qu’il n’a jamais pu chasser de son cœur : Manon, en personne, assise dans l’ombre. En un regard, toutes ses résolutions s’évanouissent. Manon, qui a appris son retour et son entrée au séminaire, a osé venir le trouver. À peine la voit-il que des Grieux sent renaître violemment sa passion. La jeune femme, en pleurs, vient lui parler en privé : elle lui jure que, si elle l’a quitté, c’était la peur du dénuement qui l’y a contrainte, et que jamais elle ne cessé de l’aimer. Son protecteur d’alors (M. de B…) l’ayant délaissée, elle se dit prête à tout pour obtenir son pardon. En un instant, des Grieux renonce à sa vocation religieuse et pardonne à Manon, incapable de lui résister. Cette nuit-là, il quitte en secret le séminaire (abandonnant soutane et bonnes intentions) et s’enfuit avec elle, pour la seconde fois, dans l’élan irrésistible de son amour retrouvé.
Le couple se réfugie d’abord dans une modeste maison de campagne à Chaillot, aux portes de Paris. Grâce à l’argent que Manon a réussi à soutirer à Monsieur de B… en rompant avec lui (elle lui a fait les poches avant de partir), les amants disposent pour l’instant de ressources suffisantes et vivent quelques mois de quiétude. Ils goûtent enfin un bonheur simple, se promettant fidélité et amour. Des Grieux est aux anges : Manon semble transformée, plus tendre que jamais, et leur passion renaît plus forte. Cependant, la nature profonde de Manon ne tarde pas à resurgir : elle s’ennuie vite d’une vie trop tranquille loin des divertissements de la ville. Usant de son charme, elle persuade des Grieux de louer un appartement à Paris, où la vie est plus animée. Amoureux fou, il cède à tous ses caprices. Leur nouveau logement se trouve par hasard dans la même rue que celui de Lescaut, le frère de Manon, qu’elle lui présente peu après. Ce frère, ancien militaire et bon vivant, s’avère vite peu recommandable : joueur, intrigant et cynique, il s’installe pratiquement chez eux et profite sans gêne de leur table et de leur argent. Le train de vie du trio devient dispendieux, et en quelques mois les fonds s’épuisent à nouveau. Lescaut incite alors sa sœur et son beau-frère à chercher des moyens de financer leurs plaisirs.
Un matin, un incendie ravage subitement leur maison de Chaillot, réduisant en cendres leurs dernières possessions. Ce coup du sort achève de ruiner le couple. Angoissé, des Grieux tait d’abord la nouvelle à Manon pour ne pas l’accabler, mais il doit agir vite. Sous la pression de l’urgence, Lescaut avance des solutions immorales. Il propose sans détour d’exploiter les charmes de Manon en la mettant dans le lit d’un homme riche qui financerait leur train de vie, idée que des Grieux rejette d’horreur. Le frère suggère alors une autre voie : il introduit le chevalier dans un cercle de jeu clandestin et l’initie à l’art de la tricherie aux cartes, afin de regagner rapidement de l’argent. D’abord effrayé par cette malhonnêteté, des Grieux hésite, mais la crainte de perdre Manon par pauvreté l’emporte. En secret, il va même jusqu’à solliciter son fidèle ami Tiberge : feignant un repentir, il lui emprunte une importante somme sous prétexte de vouloir quitter Paris. Tiberge, toujours généreux, lui donne cent pistoles sans se douter de la manigance. Avec ce capital, des Grieux et Lescaut se lancent dans une carrière de joueurs tricheurs. En peu de temps, le chevalier se révèle habile et la chance leur sourit : il gagne largement de quoi remettre le ménage à flot. Ravis, Manon et des Grieux retrouvent un train de vie aisé. L’argent coule à nouveau et les fêtes reprennent, raffermissant leur lien amoureux (car Manon aime autant le luxe que son amant).
Hélas, ce bonheur est fragile. Un soir, profitant de l’absence des maîtres partis au spectacle, leurs domestiques indélicats cambriolent l’appartement et s’enfuient en emportant tous les bijoux, meubles et argent comptant. Cette trahison les laisse absolument démunis. C’en est trop pour Manon, qui pleure sur leur malchance. Face à la détresse de sa maîtresse, Lescaut reprend son idée première : il convainc Manon qu’elle doit de nouveau user de ses charmes auprès d’un vieillard fortuné. Il a déjà en vue la cible idéale : Monsieur de G… M…, un riche et influent personnage de Paris, connu pour entretenir des femmes jeunes et belles. À contrecœur, des Grieux accepte ce plan indigne, rongé par la jalousie mais plus encore par la peur de perdre Manon s’il ne lui offre pas le confort qu’elle désire. Il se résigne à partager sa belle quelques temps avec un autre, en espérant que ce sacrifice sera temporaire. Manon, fine stratège, joue alors son rôle à la perfection : elle séduit M. de G… M…, qui tombe sous son charme et lui offre bientôt une belle maison meublée et une généreuse pension. Le vieil homme, flatté de cette conquête, comble Manon de bijoux et de présents somptueux. En secret, Manon, des Grieux et Lescaut fomentent un piège pour se venger de ce protecteur ridicule tout en s’enrichissant : ils projettent de duper M. de G… M… lors d’un dîner.
Le soir convenu, Manon invite le vieillard à souper chez elle, feignant la complaisance. Lescaut et des Grieux se cachent non loin. Pendant le repas, Manon ne cesse de lancer des regards complices à ses complices ; elle badine et rit aux éclats, au risque de trahir le complot tant elle est amusée de voir le vieil amoureux fanfaronner. M. de G… M…, aveuglé, lui présente fièrement un collier de perles et des bracelets magnifiques pour la convaincre de devenir sa maîtresse attitrée. Il va même jusqu’à lui remettre une forte somme d’argent en guise de “moitié de sa pension”, avance sur les plaisirs qu’il espère. Manon joue la comédie de la gratitude, mais au moment où il l’invite à le suivre dans la chambre, le piège se referme : des Grieux et Lescaut surgissent. Le trio s’empare des bijoux et de la bourse, et tous trois s’éclipsent dans la nuit à bord du carrosse préparé par Lescaut. Le vieux G… M… réalise trop tard qu’il a été berné : fou de rage, il jure de se venger.
À l’aube, le répit des amants est de courte durée. Grâce à son influence, M. de G… M… déclenche une opération de police éclair pour laver son honneur. Des Grieux et Manon, surpris ensemble au petit matin, sont arrêtés par les archers du lieutenant général de police. Séparés avec brutalité, ils sont conduits chacun en prison : le chevalier est envoyé à Saint-Lazare (maison de force pour jeunes débauchés de bonne famille), et Manon est enfermée à l’Hôpital général, à la Salpêtrière, parmi les femmes de mauvaise vie. C’est un coup fatal pour des Grieux, qui sombre dans le désespoir derrière les barreaux austères de Saint-Lazare. Durant des jours, il se morfond, imaginant sa douce Manon humiliée dans un cachot immonde. Cependant, loin de l’anéantir, son amour le transcende : il trouve en lui une énergie farouche pour tenter l’impossible. Il entreprend de s’évader afin de libérer Manon à son tour, déterminé à braver toutes les lois pour sauver celle qu’il aime.
Des Grieux commence par amadouer le supérieur de Saint-Lazare en jouant hypocritement le repenti modèle. Ce dernier, attendri, lui rend quelques libertés de mouvement à l’intérieur. Le chevalier profite d’une visite de Tiberge (autorisé à le voir) pour obtenir discrètement de lui une forte somme d’argent, sous un prétexte pieux. Grâce à cet argent, des Grieux corrompt un gardien et parvient à se procurer une arme à feu. Une nuit, mettant son plan à exécution, il s’introduit dans le bureau du père supérieur et, pistolet au poing, le force à lui ouvrir la porte de la prison. Fou de courage, des Grieux abat un portier qui tente de lui barrer la route durant sa fuite. Enfin dehors dans la nuit parisienne, il court retrouver Lescaut, qui l’attend en complice fidèle. Ensemble, ils se dirigent vers la Salpêtrière. Des Grieux, le cœur battant, s’introduit clandestinement dans l’établissement des femmes. Avec l’aide involontaire d’un valet (acheté à prix d’or), il localise Manon et la déguise en homme pour la faire sortir. Les retrouvailles sont poignantes : Manon, épuisée mais toujours confiante en son amant, retrouve son sourire en le voyant. Grâce à la ruse du valet, la jeune femme franchit la porte de l’hôpital sans être reconnue. Manon est libre ! Les deux amants s’enfuient rapidement rejoindre Lescaut, qui les attend un peu plus loin avec un fiacre.
À peine ont-ils tourné le coin d’une rue qu’un nouveau drame les frappe. Lescaut, qui marche devant eux, croise par malchance un certain GM (autre que leur victime précédente, un homme qu’il a jadis ruiné au jeu). Cet homme le reconnaît et, cherchant vengeance, dégaine une arme et tire sur Lescaut à bout portant. Touché en plein cœur, le malheureux frère s’écroule, tué sur le coup Des Grieux, horrifié, s’élance vers l’assaillant, mais celui-ci a déjà pris la fuite dans l’obscurité. Il ne reste qu’un cadavre sur le pavé. Manon éclate en sanglots devant le corps de son frère, malgré tout attachée à celui qui l’a si souvent conseillée dans la ruse. Il faut pourtant fuir avant l’arrivée de la police alertée par la détonation. Éplorés, des Grieux et Manon prennent la fuite dans la nuit. Ils trouvent refuge à l’auberge de Chaillot où ils s’étaient connus. Là, le chevalier, en homme d’honneur, organise les funérailles discrètes de Lescaut, portant lui-même le deuil de ce compagnon d’infortune.
Le couple se cache quelque temps à Chaillot, tentant de se reconstruire après ces terribles péripéties. Une fois de plus sans le sou, des Grieux sollicite à nouveau l’aide de Tiberge, qui accourt et leur fournit de quoi subsister quelque temps. Par chance, le scandale de l’évasion de Saint-Lazare et de la Salpêtrière est étouffé – peut-être grâce à l’influence du père de des Grieux, soucieux d’éviter le déshonneur de la famille. L’étau semblant desserré, les deux amants respirent enfin. Ils savent désormais que tout Paris leur est hostile, mais au moins sont-ils libres et ensemble. Leur passion en ressort grandie, cimentée par l’adversité. Un soir à Chaillot, autour d’un simple dîner, des Grieux prend la main de Manon et la couvre de baisers : ils mesurent la chance qu’ils ont d’être réunis contre toute attente, et se promettent de ne plus se quitter. Ce moment de répit, après tant d’épreuves, marque la fin de la première partie de leur aventure tumultueuse.
Mais le destin n’en a pas fini avec eux. La seconde partie de leur histoire s’ouvre sur une note sombre, comme le calme avant une nouvelle tempête. Retirés à Chaillot, des Grieux et Manon tentent de repartir de zéro. Le chevalier recommence à tricher au jeu pour renflouer leur bourse, bien décidé à ne plus jamais sombrer dans la misère. Manon, de son côté, s’amuse innocemment à recevoir un peu de compagnie pour tromper l’ennui : un prince italien la courtise, flatté de ses manières espiègles. La jeune femme le trouve ridicule et le mystifie pour s’amuser, tout en restant parfaitement fidèle à des Grieux. Le chevalier, lui, garde un œil jaloux sur sa belle, mais Manon sait apaiser ses doutes d’un sourire. Malgré leurs efforts pour mener une existence paisible, la malchance semble poursuivre le couple maudit. Un jour, alors qu’ils partagent un repas modestement heureux à l’auberge, un visiteur inattendu se joint à leur table : le fils de M. de G… M… en personne. Le jeune G… M…, ignorant apparemment l’identité de ses hôtes, se montre charmant et courtois. Des Grieux se crispe en entendant ce nom honni, mais il ne peut décemment l’éconduire. Or, très vite, l’histoire se répète : le jeune homme s’éprend de Manon dès qu’il pose les yeux sur elle. Fasciné, il se met en tête de la conquérir, certain qu’une si belle femme ne peut être heureuse avec un homme à l’allure aussi simple que des Grieux. Celui-ci, bouillonnant intérieurement, voit d’un très mauvais œil ce nouvel intérêt. Manon, quant à elle, y décèle une opportunité cruelle de vengeance et d’amusement : puisque le père G… M… les a fait tant souffrir, pourquoi ne pas jouer un tour à son fils ? Elle confie à des Grieux son plan osé : manipuler le jeune impertinent pour lui extorquer une somme colossale, comme dédommagement de leurs malheurs. Le chevalier accepte du bout des lèvres, plus par fierté blessée que par appât du gain.
Manon donne rendez-vous au jeune G… M… le lendemain, feignant d’être sensible à ses avances. Elle compte le pousser à lui offrir de l’argent et des bijoux, puis s’éclipser comme elle l’avait fait avec son père. Cependant, la situation dérape. Le soir venu, Manon retrouve le jeune homme dans son hôtel particulier. Il lui offre un somptueux souper et commence à lui déclarer sa flamme. Manon joue son rôle, mais G… M… fils, plus perspicace que son vieux père, se méfie un peu : il veut absolument obtenir ses faveurs ce soir-là. Manon se retrouve piégée dans ce rendez-vous plus longtemps que prévu, cherchant en vain une échappatoire élégante. Pendant ce temps, des Grieux, rongé par la jalousie, imagine le pire et perd patience. Incapable de supporter l’idée de Manon dans les bras d’un autre, il décide d’agir. Avec l’aide de deux complices loyaux (dont le mystérieux M. de T…, ami puissant qu’ils se sont fait entre-temps), il fait enlever le jeune G… M… en plein Paris. Le prétentieux est kidnappé et séquestré temporairement, ce qui laisse le champ libre à des Grieux pour foncer chez lui et retrouver Manon. Il la surprend alors qu’elle essayait justement de s’esquiver. Fou de soulagement et de colère mêlés, il lui fait une scène de jalousie retentissante. Manon se défend en pleurant, jurant que tout ceci n’était qu’un stratagème pour leur profit et qu’elle n’a jamais cessé de l’aimer. Le malentendu dissipé, ils se tombent dans les bras l’un de l’autre en s’accusant mutuellement de folie ; leurs larmes de tension se changent en effusions tendres et le couple se réconcilie dans l’amour.
Hélas, cette vengeance précipitée a des conséquences dramatiques. Le vacarme de l’enlèvement n’est pas passé inaperçu : un domestique de la maison G… M… a donné l’alarme aux autorités. En plein élan de réconciliation, Manon et des Grieux entendent soudain les gardes forcer la porte. Pour la deuxième fois, les amants sont arrêtés par la police, cette fois accusés d’enlèvement et de vol. Des Grieux est jeté dans un cul-de-basse-fosse au Petit-Châtelet, et Manon, compromise par cette affaire, est mise sous garde sévère. Au fond de son cachot, le chevalier désespère : il sait que cette fois, son père sera informé et que son indulgence aura des limites. De fait, Monsieur des Grieux père se présente bientôt à la prison pour voir son fils. Le vieil homme est partagé entre la colère et l’affliction. Il gronde vertement le chevalier, lui reprochant sa conduite insensée, puis finit par lui ouvrir les bras : malgré tout, il aime son fils et ne peut l’abandonner. Usant de ses relations, il obtient la libération rapide de des Grieux en étouffant l’affaire. Mais son pardon paternel vient avec une exigence inflexible : il veut sauver son fils de l’emprise de Manon à tout prix. Il fait donc pression pour que la jeune femme, en tant que récidiviste de friponneries, soit condamnée à la déportation en Louisiane, colonie pénitentiaire du Nouveau Monde. Ainsi, pense-t-il, une fois Manon exilée, son fils pourra revenir dans le droit chemin. Lorsque des Grieux l’apprend, c’est un coup de tonnerre : Manon va être arrachée à lui, envoyée à l’autre bout du monde comme une criminelle ! Il comprend aussi que son propre père a contribué à cette sentence. Fou de douleur, il annonce à son père qu’il rompt avec lui : plus rien ne le rattache à sa famille si on lui enlève Manon. Le père, désolé mais inébranlable, quitte son fils en l’exhortant une dernière fois à la raison, en vain.
Commence alors pour des Grieux une course contre la montre. Il apprend que Manon fait partie d’un convoi de forçats et filles de joie qu’on emmène par chariot vers Le Havre pour l’embarquement. Prêt à tout, il tente d’abord de la délivrer par la force. Il engage avec l’argent qu’il lui reste quelques bravi sans scrupules, leur promettant une fortune pour attaquer l’escorte sur la route. Mais ces mercenaires l’abandonnent lâchement en chemin, après avoir empoché ses fonds, le laissant seul et démuni. Désespéré mais tenace, des Grieux décide alors d’accompagner Manon dans son malheur jusqu’au bout. Moyennant finance, il parvient à convaincre un officier de le laisser embarquer sur le navire comme simple volontaire faisant partie du convoi. Ainsi, il ne sera pas séparé d’elle. C’est dans ces circonstances tragiques que le narrateur de l’histoire, un homme de qualité nommé Renoncour, rencontre pour la première fois des Grieux : sur la route de Pacy-sur-Eure, l’homme croise le convoi en partance pour Le Havre. Intrigué par la détresse d’une prisonnière d’allure noble (Manon) et par l’affliction d’un jeune homme qui la suit de près (des Grieux), Renoncour s’enquiert et compatit. Ému, il glisse quelques louis d’or au geôlier pour qu’on laisse le chevalier approcher Manon et lui parler librement. La scène est poignante : Manon, enchaînée sur la charrette des condamnées, tente de se jeter hors du chariot pour se précipiter vers des Grieux, mais la chaîne qui lie sa taille la retient et elle retombe lourdement. Elle tend les bras vers lui en sanglotant. Des Grieux, anéanti, lui jure qu’il la suivra jusqu’en enfer s’il le faut. Renoncour assiste, bouleversé, à cet adieu déchirant avant l’embarquement. Il offre un peu d’argent au jeune homme et s’en va, emportant avec lui l’image de ce couple maudit.
Quelques semaines plus tard, en Louisiane, des Grieux et Manon débarquent à Nouvelle-Orléans après une éprouvante traversée de deux mois. Le chevalier a veillé sur sa bien-aimée durant toute la traversée, s’étant fait passer pour son mari auprès du capitaine. Ce dernier, compatissant, leur a permis de rester ensemble. Loin de la société parisienne, le jeune couple entrevoit l’espoir d’une nouvelle vie. La colonie française leur réserve un accueil étonnamment bienveillant. Le gouverneur de Nouvelle-Orléans, informé de leur situation, prend pitié d’eux et les aide à s’installer. Pendant quelques mois, des Grieux et Manon goûtent à un bonheur simple, vivant chichement mais libres et ensemble, dans une petite maison que les autorités leur ont assignée. Repentie, Manon assure à des Grieux qu’elle a changé : l’amour sincère vaut mieux que toutes les richesses du monde, et elle jure de rester fidèle et vertueuse à ses côtés. Des Grieux est plus heureux que jamais : dans ce lointain exil, loin des tentations d’antan, il a enfin Manon rien que pour lui. Ils projettent même de se marier officiellement pour sceller leur union devant Dieu. Le chevalier, qui jusque-là se faisait passer pour l’époux de Manon, décide de demander au gouverneur la permission d’un véritable mariage religieux. Le gouverneur, touché par leur histoire, donne volontiers son accord.
Mais un ultime obstacle surgit, cruel et inattendu. Le gouverneur a un neveu, nommé Synnelet, qui tombe éperdument amoureux de Manon en la voyant. Apprenant que la belle n’est pas encore mariée, il s’oppose catégoriquement à cette union et réclame la main de Manon pour lui-même auprès de son oncle. Le gouverneur, embarrassé, hésite puis soutient finalement son neveu par affection familiale. Des Grieux se retrouve devant un dilemme affreux : renoncer à Manon ou la défendre envers et contre tout. Bouillonnant de rage et de peur, il provoque Synnelet en duel secret dans les faubourgs de la ville. Les deux hommes croisent le fer avec hargne. Des Grieux, plus agile, blesse grièvement le neveu du gouverneur, le touchant à la poitrine. Synnelet s’effondre, inerte, le chevalier croit l’avoir tué. Sachant qu’il ne pourra échapper à la justice des colons s’il reste, des Grieux court prévenir Manon. En pleurs, il lui annonce qu’ils doivent fuir immédiatement, sans quoi il sera arrêté et pendu pour meurtre. Epouvantée, Manon ne réfléchit pas : elle prend quelques affaires et suit son amant hors de Nouvelle-Orléans, dans la nuit.
Commence alors une errance tragique. Des Grieux et Manon s’enfoncent à l’aveuglette dans les landes désertes aux alentours du Mississippi. Sous un climat torride, sans vivres ni guide, ils marchent pendant des heures, puis des jours, craignant d’être pourchassés. La nature impitoyable épuise vite leurs forces. Manon, frêle citadine, souffre terriblement du manque d’eau et de la chaleur. Le chevalier tente de la porter, de la soutenir du mieux qu’il peut, mais à bout de forces elle s’affaisse sur un sol aride. Maladie ou épuisement, la fièvre la prend et elle n’a plus la force de continuer. Désespéré, des Grieux la serre contre lui, implorant le ciel de ne pas la lui ravir. Il la couvre de baisers en pleurant, mais Manon, pâle comme une fleur fanée, sent sa vie la quitter. Dans un dernier souffle, elle murmure le nom de des Grieux et exprime ses ultimes regrets. Le chevalier, fou de chagrin, la voit s’éteindre dans ses bras, vaincue par les privations et la fatigue. Devant ce corps sans vie, il pousse un cri de détresse qui se perd dans l’immensité sauvage.
Anéanti, des Grieux n’a plus la force ni l’envie de vivre. Il creuse de ses mains une tombe dans le sable brûlant et y dépose doucement le corps de son adorée, « l’idole de son cœur » comme il l’appelle, enveloppé dans son manteau. Il recouvre la fosse et s’effondre dessus, souhaitant mourir à son tour sur la tombe de Manon. C’est ainsi que, quelques jours plus tard, une équipe de secours le retrouve, à demi-mort de chagrin et de faiblesse. Le gouverneur, qui avait ordonné des recherches, fait ramener le chevalier à Nouvelle-Orléans. On le soigne, mais il n’est plus que l’ombre de lui-même. Tiberge, son ami fidèle, ayant appris ses déboires, traverse l’océan pour le secourir. Il convainc des Grieux de repartir en France, car plus rien ne le retient en Amérique. Brisé, le chevalier accepte enfin. Deux mois après la mort de Manon, il s’embarque avec Tiberge pour un retour sans gloire. Durant la traversée, il demeure prostré, muré dans son deuil.
De retour en France, des Grieux apprend que son père est mort de chagrin en son absence, probablement accablé par les frasques et la perte de son fils. Le jeune chevalier se retrouve seul au monde, hanté par le souvenir de Manon. C’est dans cet état d’esprit qu’il arrive un soir à Calais, où le hasard met à nouveau sur son chemin l’homme de qualité, Renoncour, rencontré deux ans plus tôt. Celui-ci peine à reconnaître en ce jeune homme austère et défait le brillant étudiant qu’il avait connu. Des Grieux lui raconte alors toute son histoire en détail, depuis le début. Renoncour l’écoute avec une profonde compassion, bouleversé par tant de passion et de malheurs. Une fois le récit achevé, le vieil homme tente de consoler le chevalier en lui rappelant les principes de foi et de raison, et lui offre de l’accompagner quelque temps pour adoucir son deuil. Des Grieux accepte, sans grande conviction, car son cœur semble enterré à jamais dans la tombe de Manon. Le roman s’achève sur cette image d’un héros désespéré, vivant désormais dans le souvenir obsédant de son amour perdu, tandis que le narrateur médite sur la force tragique des passions humaines. Ainsi prend fin l’Histoire du chevalier des Grieux et de Manon Lescaut, témoignage déchirant d’un amour plus fort que la morale et plus durable que la vie elle-même.
📕 Résumé par partie
⚠️ Plusieurs éditions critiques soulignent que Prévost a construit son récit en deux grandes parties (ou livres) et non en chapitres numérotés traditionnels. En effet, Manon Lescaut est originellement le septième tome des Mémoires d’un homme de qualité, et Prévost n’a pas fragmenté explicitement ce segment en chapitres distincts. Cependant, la narration s’organise clairement en deux moitiés : la première partie s’achève lorsque des Grieux interrompt son récit après l’évasion de Saint-Lazare et de la Salpêtrière (juste après la mort de Lescaut), et la seconde partie correspond à la reprise du récit après cette pause. Ce découpage en deux parties est officiellement reconnu par la plupart des commentateurs et éditeurs modernes. Chacune de ces deux grandes sections présente une unité thématique et dramatique : la première partie représente la chute progressive de des Grieux dans la passion et le crime, tandis que la seconde partie évoque un chemin vers une forme de rédemption douloureuse, jusqu’au dénouement tragique.
Première partie
À Amiens, le jeune chevalier des Grieux, 17 ans, rencontre fortuitement la belle Manon Lescaut, à peine 16 ans, que l’on envoie malgré elle au couvent. C’est l’amour fou au premier regard. En une soirée, les deux jeunes gens scellent un pacte d’amour et décident de fuir ensemble pour empêcher la clôture de Manon. Aidés par une ruse (Manon le présente comme son cousin pour tromper son conducteur), ils s’échappent et gagnent Paris. Là, ils vivent quelques semaines de bonheur fragile dans un petit appartement, goûtant aux joies d’une vie commune libre et passionnée. Des Grieux, étudiant brillant d’habitude réservé, se métamorphose en amant transi, prêt à tout sacrifier pour Manon. Cependant, leurs ressources financières s’épuisent vite, et Manon, qui a connu le confort, craint la misère. Déterminée à assurer leur bien-être, elle laisse un riche admirateur, M. de B…, subvenir en secret à certains de leurs besoins. Des Grieux, d’abord aveuglé par l’amour, finit par soupçonner cette trahison lorsqu’il surprend un soir des allées et venues suspectes. Il comprend que Manon a pu l’échanger contre des avantages matériels, et son cœur se brise. Pourtant, au moment même où il exige des explications, des hommes envoyés par son père surgissent et l’emmènent de force, l’arrachant à Manon. Celle-ci, affolée, prend la fuite. Ainsi, une première séparation tragique a lieu, sur fond de malentendu : des Grieux est reconduit chez lui, croyant Manon infidèle ou du moins intéressée, tandis que Manon, livrée à elle-même, a perdu son protecteur et l’homme qu’elle aimait.
Dans le manoir familial, des Grieux est consigné de longs mois. Son père, mi-colérique mi-compatissant, se réjouit d’avoir récupéré son fils mais tourne en ridicule son aventure sentimentale. Peu à peu, le jeune homme, meurtri, reprend ses esprits. Sous l’influence bénéfique de son ami Tiberge, il choisit de se repentir de cette folie amoureuse. Il décide alors de devenir abbé et entre au séminaire de Saint-Sulpice. Pendant un temps, des Grieux se plonge avec ferveur dans la prière et l’étude, cherchant à expulser Manon de son cœur. Il semble sur la voie de la guérison morale et de la paix de l’âme. Pourtant, le destin frappe à nouveau : Manon reparaît soudain dans sa vie. Ayant appris où il se trouvait, elle vient assister incognito à l’une de ses conférences religieuses et parvient à lui parler. En un instant, toute la passion refoulée de des Grieux resurgit. Manon lui avoue ses torts et son malheur depuis leur séparation. Subjugué et incapable de résister, le chevalier abandonne sans hésiter soutane et bonnes intentions pour retourner dans les bras de Manon. Cette scène marque un tournant : des Grieux renonce définitivement à la voie de la raison pour suivre son cœur, quel qu’en soit le prix.
Le couple se reforme donc à Paris. D’abord, ils se mettent au vert à Chaillot, vivant de l’argent que Manon a dérobé à son ancien amant M. de B… en le quittant. Ils connaissent une période d’harmonie, s’aimant plus fort encore après l’épreuve de la séparation. Mais bientôt Manon s’ennuie de la campagne et veut retrouver l’animation parisienne. Des Grieux cède et loue un nouveau logement à Paris. C’est à cette occasion qu’il fait la connaissance du frère de Manon, Lescaut, personnage douteux qui ne tarde pas à s’imposer chez eux. Joueur, noceur et manipulateur, Lescaut entraîne le jeune couple dans un tourbillon de dépenses. Sous son influence, l’argent file à nouveau, et les dettes s’accumulent. Un coup du sort aggrave leur situation : la maison de Chaillot prend feu accidentellement, réduisant en cendres le reste de leurs biens. Aux abois financièrement, des Grieux envisage les pires solutions. Lescaut propose alors deux “remèdes” immoraux : que Manon monnaye sa beauté auprès d’un riche protecteur, ou que des Grieux se fasse tricheur professionnel pour gagner au jeu. D’abord indigné, le chevalier refuse de prostituer son amour. Il penche pour une vie modeste, mais Manon, affolée à l’idée de la pauvreté, finit de le convaincre qu’il faut trouver de l’argent coûte que coûte. Pour elle, des Grieux franchit alors une limite morale : il accepte de tricher aux cartes, encouragé par Lescaut. Grâce à un prêt de son ami Tiberge (qu’il dupe en feignant une bonne résolution), il dispose d’un capital qu’il fait fructifier dans les tripots. Très vite, il excelle dans cet art perfide. La chance et l’adresse lui sourient, et l’argent coule à nouveau à flots. Manon peut respirer : elle retrouve un quotidien luxueux, exactement ce qu’elle désirait. Pourtant, ce fragile équilibre est détruit par une nouvelle trahison : leurs propres domestiques profitent d’une absence pour voler tout ce qu’ils peuvent et disparaître. Les amants se retrouvent brusquement sans le sou.
Au pied du mur, Lescaut ressort son idée initiale que Manon se laisse entretenir par un riche vieillard. Cette perspective répugne des Grieux, mais il voit bien qu’ils n’ont plus d’alternative honnête. Le trio cible un homme puissant de Paris, M. de G… M…, connu pour être amateur de jeunes maîtresses. Manon se plie au plan : elle réussit à se faire entretenir par ce riche homme d’âge mûr, qui lui offre une maison et des bijoux. Des Grieux, humilié et jaloux, souffre en silence dans l’espoir d’un gain final. Ensemble, ils préparent un coup monté pour dépouiller le vieux libertin. Le soir convenu, Manon convie M. de G… M… à un souper galant où, faisant mine d’accepter ses avances, elle obtient de lui bijoux et argent. Profitant d’un moment d’inattention, des Grieux et Lescaut surgissent, s’emparent du butin et s’enfuient avec Manon dans la nuit. Outré, M. de G… M… utilise son influence pour se venger dès l’aube. Arrêtés par la police, des Grieux est envoyé sans procès à la prison de Saint-Lazare et Manon enfermée à la Salpêtrière parmi les prostituées. Cette chute est brutale : en quelques heures, les amants passent d’un souper luxueux à la geôle infâme. Évasion spectaculaire et fin de la première partie : À Saint-Lazare, des Grieux, anéanti par l’enfermement et l’idée de Manon emprisonnée, décide de tout risquer pour s’échapper. Il feint la contrition et gagne la confiance du supérieur. Entre-temps, Tiberge, inquiet pour son ami, est autorisé à lui rendre visite ; le chevalier en profite pour lui soutirer de l’argent, prétextant vouloir “changer de vie”. Grâce à cette somme, il corrompt un gardien et obtient une arme. Une nuit, son plan audacieux se réalise : il force le supérieur, sous la menace, à le laisser sortir, et abat un portier qui tente de l’arrêter. Dehors, il retrouve Lescaut et tous deux partent aussitôt délivrer Manon. Par ruse, ils s’introduisent à la Salpêtrière et déguisent Manon en homme pour franchir la porte. La jeune femme est libérée sans alerte. Dans leur fuite, cependant, le drame frappe : un homme à qui Lescaut avait nui par le passé le reconnaît et lui tire dessus, tuant Lescaut sur le coup. Désormais seuls et recherchés, des Grieux et Manon s’échappent comme ils peuvent et trouvent refuge à Chaillot, ruinés mais réunis. Tiberge, l’ami providentiel, leur procure de l’argent pour subvenir aux premiers besoins et les aide à passer sous les radars. Le couple endeuillé, épuisé mais follement amoureux, se promet de ne plus se quitter et de vivre modestement cet amour payé si cher. C’est sur cette note mêlée de tristesse et d’espoir que se clôt la première partie de l’histoire : des Grieux interrompt ici le récit de ses aventures (ils vont prendre un peu de repos et souper en compagnie du narrateur Renoncour, avant de reprendre le fil plus tard). La tension dramatique a atteint un sommet avec la mort violente de Lescaut et les crimes commis, signant la chute morale du héros.
Deuxième partie
Après l’évasion, des Grieux et Manon vivent retirés quelque temps à l’auberge de Chaillot. Ils pleurent la mort de Lescaut, mais éprouvent surtout un immense soulagement d’être à nouveau libres et ensemble. Ils rêvent d’une existence simple, loin des intrigues parisiennes qui les ont perdus. Des Grieux, en homme changé, jure de ne plus tenter le diable : il envisage même de partir avec Manon refaire sa vie en province ou à l’étranger. Toutefois, les habitudes ont la vie dure. Pour renflouer leur pécule, le chevalier reprend discrètement le jeu en trichant ; moins par goût du vice que parce qu’il se voit mal redevenir un honnête homme sans ressources. Manon, quant à elle, éprouve un ennui grandissant dans cette retraite. Bien qu’elle adore des Grieux, son besoin d’excitation et de plaisir la tenaille. Un prince italien de passage s’éprend d’elle : flattée, Manon laisse ce soupirant la courtiser platoniquement, se divertissant de ses galanteries. Elle repousse poliment ses offres, fidèle à son amant, mais joue de la situation pour piquer ce dernier. Des Grieux se montre d’abord jaloux, mais Manon, par un stratagème espiègle, ridiculise le prince et rassure ainsi le chevalier sur sa fidélité. Le couple se retrouve plus uni, convaincu d’avoir surmonté cette épreuve. On pourrait croire qu’ils sont enfin à l’abri du malheur, mais le sort va cruellement se rappeler à eux.
C’est alors que resurgit un fantôme du passé, sous la forme du jeune fils de M. G… M… Un jour, ce dernier vient inopinément dîner à la même auberge que Manon et des Grieux. Sans savoir qui ils sont, il engage la conversation et se montre très charmant. Or, dès qu’il aperçoit Manon, il en tombe amoureux. Le destin est ironique : voici le fils de celui qui les a fait emprisonner, désormais séduit par la même femme. Des Grieux, en entendant son nom, sent monter en lui une fureur froide, mais il dissimule son trouble. Manon, elle, voit dans cette situation l’occasion d’une revanche éclatante. Elle imagine de duper le fils comme ils l’avaient fait du père, et pourquoi pas de récupérer au passage une coquette somme. Des Grieux est réticent, ne voulant plus de combines dangereuses, mais touché dans son orgueil, il finit par consentir. Manon joue alors de ses atours et de sa conversation pour attiser la flamme du jeune homme. Celui-ci, grisé par sa beauté, lui donne rendez-vous le lendemain dans sa demeure cossue, espérant la conquérir. Des Grieux et Manon conviennent d’un plan : elle fera semblant de céder et de demander de l’argent, puis s’éclipsera pour le retrouver, lui, avec le magot.
Le lendemain, Manon se rend donc chez le jeune G… M… Il la couvre de compliments et lui promet monts et merveilles, mais la jeune femme, plus méfiante après tant d’aventures, se rend compte qu’il compte bien obtenir ses faveurs immédiatement. Elle tente d’esquiver habilement sans compromettre son rôle, si bien qu’elle reste plus longtemps que prévu. Pendant ce temps, des Grieux, rongé par l’inquiétude et la jalousie, perd patience. L’idée que Manon soit seule avec ce dandy riche et séduisant le met hors de lui. N’y tenant plus, il décide d’agir en secret. Avec l’aide de deux hommes de main (prêtés par M. de T…, un ami influent qu’il s’est fait récemment), il tend une embuscade au jeune G… M… Celui-ci, au moment où il raccompagne Manon à sa voiture tard dans la soirée, est enlevé par surprise et emmené ligoté hors de Paris. Des Grieux se précipite alors dans l’hôtel du jeune homme pour rejoindre Manon. Il la trouve saine et sauve, bien que troublée. Sans un mot, il l’entraîne dehors. Sur le chemin du retour, la tension éclate : des Grieux, fou de douleur, reproche à Manon d’avoir trop bien joué son rôle. Elle proteste de sa fidélité avec des larmes, blessée qu’il ait pu en douter. Finalement, réalisant leur égale jalousie l’un pour l’autre, ils se réconcilient dans une étreinte passionnée. Malheureusement, ce coup de théâtre précipité n’a fait qu’aggraver leur situation.
La disparition violente du fils G… M… a alerté les autorités. En quelques heures, la police remonte la piste jusqu’à Chaillot. Alors que des Grieux et Manon savourent leur réconciliation, on vient les arrêter en pleine nuit. Cette fois, les charges sont lourdes : enlèvement, extorsion et effraction. Des Grieux est incarcéré au Châtelet, et Manon, compromise, également mise aux fers. Mais le scandale public et l’influence de la famille G… M… font que l’affaire remonte jusqu’aux plus hautes instances. Le père de des Grieux, informé et soucieux d’éviter le déshonneur total, intervient de nouveau. Grâce à ses relations, il parvient à obtenir la libération de son fils, non sans lui avoir fait violemment la morale. Toutefois, il est intraitable quant au sort de Manon : il exige qu’elle soit exilée à perpétuité pour qu’elle disparaisse de leur vie. Sous la pression, la décision tombe : Manon Lescaut sera déportée en Louisiane, avec un convoi de prisonnières. En échange, des Grieux échappe à toute poursuite. Quand celui-ci l’apprend, il est anéanti. Plutôt que de se réjouir d’être libre, il ressent cette nouvelle comme la pire des condamnations : vivre sans Manon lui est impensable. Il tente de fléchir son père, en vain. Leur relation déjà bien entamée se brise : des Grieux reproche à son père d’avoir tué son âme en lui enlevant Manon. Malgré la peine qu’il éprouve, le père tient bon, persuadé d’agir pour le salut de son fils.
Manon est transférée, enchaînée, parmi une douzaine de filles de mauvaise vie destinées aux plantations d’Amérique. Des Grieux, prêt à tout pour rester auprès d’elle, fomente un plan désespéré. Il tente de soudoyer des gardes pour la faire évader en route, mais cette tentative échoue lamentablement (ses complices l’abandonnent avec son argent). Qu’à cela ne tienne : il décide de suivre Manon jusqu’au bout du monde. Il implore l’officier en charge du convoi de le laisser embarquer comme volontaire accompagnant les déportées, offrant ce qu’il possède. Touché, l’officier accepte. Durant le trajet jusqu’au port du Havre, des Grieux ne quitte pas sa bien-aimée des yeux. C’est lors d’une halte à Pacy-sur-Eure qu’un narrateur (le Marquis de Renoncour) assiste à une scène poignante : Manon, enchaînée sur le chariot, tente de s’élancer hors de la carriole pour rejoindre des Grieux, mais la chaîne la retient et elle s’affale, désespérée. Le jeune homme, impuissant, pleure de rage et de tristesse. Ce témoin, ému, aide comme il peut le couple (il soudoye un archer pour qu’on les laisse échanger quelques mots). Puis le convoi repart. À Le Havre, Manon est mise à fond de cale d’un navire de la Compagnie des Indes à destination de la Nouvelle-Orléans. Des Grieux embarque avec elle, sous un nom d’emprunt, décidé à la protéger coûte que coûte dans cette traversée de l’espérance ou du désespoir.
Arrivés en Louisiane après une éprouvante traversée de deux mois, Manon et des Grieux posent le pied sur le Nouveau Monde. Là-bas, à leur surprise, on ne les traite pas en parias. Le gouverneur de la colonie, un Français galant, se laisse toucher par l’histoire de ces “amants infortunés”. Des Grieux, par précaution, se présente comme l’époux légitime de Manon, ce que personne ne songe à contester. On leur accorde même un petit logement et une relative liberté de mouvement. Commence alors une période inattendue de quiétude. Loin du tumulte de Paris, dans cette colonie jeune où tout est à bâtir, le couple goûte à quelques mois d’un bonheur simple et paisible. Manon, sincèrement repentante, semble s’être métamorphosée : elle se montre économe, affectueuse, fidèle, n’aspirant qu’à une vie humble auprès de son “mari”. Des Grieux est comblé : enfin cette félicité dont il avait tant rêvé lui est offerte, même si c’est sur une terre étrangère. Confiants en l’avenir, ils décident de se marier officiellement à l’église pour régulariser leur union. Le gouverneur promet de bénir ce mariage. Tout semble se diriger vers une fin heureuse mais c’est alors que le destin, une fois encore, frappe.
Le gouverneur a un neveu, Synnelet, jeune officier de la colonie, qui s’éprend de Manon en la voyant. Apprenant qu’elle n’est pas réellement mariée, il s’oppose à son oncle : il la veut pour épouse et convainc le gouverneur de refuser le mariage de Manon avec des Grieux. En quelques jours, la situation s’envenime. Des Grieux, furieux qu’un nouveau rival menace son bonheur, provoque Synnelet en duel clandestin. Les deux hommes s’affrontent à l’aube dans un lieu isolé. Le combat est bref et violent : des Grieux blesse grièvement le neveu, qui s’écroule sans connaissance. Pensant l’avoir tué (et redoutant la corde pour ce meurtre), des Grieux prend une décision terrible : il fuit une nouvelle fois avec Manon, cette fois dans l’arrière-pays sauvage, pour échapper aux représailles. Commence alors une errance tragique dans les landes marécageuses de Louisiane. Les amants, mal préparés, souffrent de faim, de soif, de chaleur. Manon, épuisée par des jours de marche, tombe gravement malade (peut-être une fièvre tropicale ou simplement l’épuisement extrême). Des Grieux, paniqué, tente de la porter, de la ranimer, en vain. Elle s’éteint doucement dans ses bras, en lui murmurant un dernier adieu. Anéanti, le chevalier enterre lui-même son amour au pied d’un arbre, creusant la terre de ses mains nues. Puis il se couche sur la tombe, souhaitant mourir à son tour.
Des Grieux est retrouvé quelques jours plus tard par des habitants de la colonie envoyés à sa recherche. Rapatrié à Nouvelle-Orléans, fiévreux et délirant, il est soigné d’office. Son ami Tiberge arrive alors, ayant traversé l’océan pour le secourir. En apprenant la mort de Manon, Tiberge console du mieux possible le chevalier brisé et le convainc de rentrer en France, puisqu’il n’a plus rien à attendre de ce pays. Dans un état proche de l’indifférence, des Grieux embarque donc sur un bateau vers l’Europe, sous la garde amicale de Tiberge. De retour en France, le jeune homme apprend que son père est décédé, miné par le chagrin et les scandales. Désormais sans famille, sans amante, des Grieux n’est plus que l’ombre de lui-même. C’est alors qu’à Calais, sur le chemin du retour, le narrateur Renoncour recroise par hasard le chevalier. Deux ans ont passé depuis Pacy, et Renoncour retrouve ce jeune homme dont l’histoire l’avait tant ému, mais méconnaissable de douleur. Des Grieux, soulagé de revoir un visage bienveillant, lui raconte en détail toutes ses aventures depuis leur première rencontre. Renoncour, profondément touché, offre son amitié et son aide. Mais le chevalier des Grieux n’attend plus rien de la vie. Il confie à Renoncour que son âme est morte avec Manon. Le roman s’achève ainsi, sur l’image d’un héros tragique errant, victime de la fatalité de l’amour. Renoncour prend en charge ce récit exemplaire et terrible de la force des passions, méditant sur la manière dont un amour sincère mais déraisonné a pu conduire deux êtres à leur perte.

Bonjour, merci pour votre travail, savez vous me dire la date et l auteur de cet articale.