Interview avec Oriana Lubin, créatrice de La petite rédac’
Avant même de parler d’écriture, Oriana Lubin donne l’impression d’orchestrer les mots avec une précision de joaillière. Sa manière d’aborder un texte, un auteur, un projet éditorial respire la finesse, le calme, et une forme de rigueur passionnée. Avec La Petite Rédac’, qu’elle a façonnée comme un atelier sur mesure pour les auteur·rices et les professionnels du contenu, elle a transformé son rapport aux mots en véritable métier d’accompagnement. Dans cette interview, elle nous fait entrer dans son univers : celui d’une entrepreneure qui marie les lettres, la pédagogie et le numérique avec une aisance rare. Comment naît une vocation éditoriale ? Comment guide-t-on un auteur vers sa voix, un formateur vers son public, un texte vers sa meilleure version ? À travers cet échange, Oriana nous ouvre les portes de ce qui fait l’âme de La Petite Rédac’.
Pour commencer, pouvez-vous nous parler de votre parcours personnel et professionnel avant La Petite Rédac ?
Mon parcours est à la croisée des lettres, du droit et du numérique. Après une classe préparatoire littéraire, j’ai intégré une double licence en droit avec un parcours à l’École du Louvre, avant de me spécialiser en droit privé des affaires. Ensuite, je me suis formée aux métiers de la formation et à la pédagogie digitale.
La Petite Rédac’ s’est développée naturellement : je voulais créer un lieu unique qui rassemble tous les services liés aux mots et au web.
D’ailleurs, ma carrière a vraiment démarré avec les mots. D’abord à Paris, puis pendant 7 ans en Guadeloupe où j’ai formé des travailleurs sociaux et médico-sociaux. C’est là que j’ai également lancé www.eteach.fr, une plateforme pour accompagner les formateurs dans leur transition numérique.
Y a-t-il un moment précis ou une envie de longue date qui a motivé la création de votre propre service éditorial en ligne ?
L’indépendance était essentielle pour moi : je voulais pouvoir choisir mes clients, mes projets, et évoluer dans un univers culturel riche et varié. La Petite Rédac’ est née de cette volonté de liberté et de cette passion pour la langue.
Quelles valeurs ou mission avez-vous définies pour La Petite Rédac’ au départ ?
Tout part d’une conviction : les mots comptent. Qu’il s’agisse de raconter une histoire, de convaincre ou d’éditer, chaque projet mérite un soin particulier.
J’ai construit La Petite Rédac’ autour de trois valeurs fondamentales : le professionnalisme, la confidentialité et la qualité. Chaque client bénéficie d’un accompagnement sur mesure, avec l’assurance d’un travail précis et d’une discrétion totale. C’est cette exigence qui guide toutes mes collaborations.
Au lancement, quelles ont été les principales difficultés que vous avez rencontrées en tant qu’entrepreneure éditoriale ?
J’ai connu une déconvenue marquante en début de carrière : j’ai rédigé la quasi-totalité des articles de deux magazines sans jamais être payée. Pire encore, ces contenus ont été exploités par la suite.
En tant que juriste de formation, cette violation des droits d’auteur et de la propriété intellectuelle m’a profondément heurtée. Mais je n’ai pas baissé les bras. Cette expérience m’a rendue plus vigilante et plus déterminée. Heureusement, en persévérant, j’ai rencontré des personnalités littéraires exceptionnelles et noué de magnifiques collaborations qui compensent largement ce début difficile.

Si votre parcours entrepreneurial devait être raconté dans un roman, quel en serait le titre ?
Laus Verborum
Entrons maintenant dans les coulisses de votre travail. Comment se déroule concrètement le processus avec un nouveau client ?
De la prise de contact à la réussite de votre projet : Après une étude approfondie de vos besoins, je vous propose une tarification transparente et un calendrier d’exécution rigoureux. Mon processus repose sur une collaboration dynamique : via un outil dédié, vous interagissez sur la production en cours pour une fluidité totale. Une fois la livraison effectuée, nous validons ensemble le succès de la mission lors d’un débriefing personnalisé. Mon objectif : faire de votre satisfaction le socle de notre relation.
Y a-t-il un type de projet que vous affectionnez particulièrement ?
J’ai un faible pour la création de contenus techniques : règlements intérieurs, magazines, guides, notices illustrées, longs articles de blog… J’aime la rigueur qu’ils demandent.
Mais j’apprécie aussi beaucoup chroniquer des auteurs émergents, leur donner de la visibilité. Et puis il y a ce travail de correction important pour les nouveaux talents littéraires : c’est un défi stimulant.
Avez-vous des rituels ou des habitudes de travail pour rester inspirée et efficace au quotidien ?
J’ai organisé ma semaine de manière thématique, ce qui me permet de rester concentrée et efficace. Mes matinées sont consacrées aux missions courtes et aux échanges avec les clients.
Ensuite, chaque jour a sa couleur : le lundi, je me plonge dans la lecture, l’analyse littéraire et l’accompagnement des auteurs. Le mardi, c’est digital : web, SEO, optimisation. Le mercredi, je gère la boutique Redbubble de la rédac’. Les jeudi et vendredi sont dédiés aux formations pour adultes et conférences. Et le samedi, je fais avancer tous mes projets de front, progressivement.
Cette structure me permet de jongler entre différents univers sans jamais m’ennuyer.

Comment abordez-vous la collaboration avec un auteur pour respecter sa voix ?
Tout dépend de sa demande. Pour un diagnostic littéraire, je livre un retour détaillé, page par page : cohérence narrative, rythme, vocabulaire… Puis une analyse globale par chapitre.
Pour une chronique, je donne un avis sincère et bienveillant. S’il est très valorisant et que l’auteur m’y autorise, je le diffuse sur mon blog et sur les plateformes spécialisées comme Booknode ou Babelio.
En correction, mon travail consiste à comprendre l’esprit du livre et le style unique de l’auteur. L’objectif n’est jamais de formater. Il s’agit de trouver l’équilibre parfait entre authenticité littéraire et maîtrise technique pour séduire les maisons d’édition. Il faut révéler la voix de l’auteur, pas la remplacer.
Quelles sont les erreurs les plus courantes dans les manuscrits ?
Chez les auteurs débutants, je rencontre souvent des problèmes de syntaxe et de concordance des temps dans les textes courts. Pour les œuvres plus longues, ce sont plutôt des questions de rythme, de cohérence narrative et de justesse de ton qui posent problème. Mon rôle est de les accompagner pour corriger ces points tout en valorisant leurs forces, sans jamais les décourager.
Vous avez aussi participé à la création de livres pour enfants. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Oui, j’ai eu la chance de collaborer avec Daniella Charlotte, une autrice guadeloupéenne talentueuse spécialisée dans les contes thérapeutiques pour enfants.
Cette collaboration a été particulièrement enrichissante pour moi qui forme également des travailleurs sociaux. J’ai contribué au design web de certains ouvrages, qu’elle diffuse aujourd’hui sur son site et auprès de structures partenaires. C’était une belle manière d’allier mon expertise technique et mon engagement social.
Qu’est-ce que l’écriture représente pour vous, au-delà du métier ?
Les mots me permettent d’explorer, de créer, de donner forme à des idées obsédantes. C’est un terrain de jeu infini où je peux être moi-même, expérimenter sans contrainte. Une passion qui nourrit tout le reste.
Y a-t-il des auteurs qui ont marqué votre parcours ?
Adolescente, j’étais fascinée par les poètes maudits et les auteurs des Lumières. Plus tard, Dostoïevski m’a marquée par sa capacité à construire des personnages d’une complexité psychologique inouïe.
Mais je lis aussi énormément de littérature technique liée aux différents champs professionnels : cela nourrit ma pratique au quotidien. D’ailleurs, je partage régulièrement mes lectures inspirantes sur le blog de La Petite Rédac’, parce que la transmission fait aussi partie de ma mission.
Écrivez-vous aussi pour vous-même ?
Tout le temps ! J’écris partout, sous différents pseudonymes. Par exemple, j’ai récemment publié La Sirène de Jannara sur Wattpad.
Mais comme le travail passe avant tout, j’écris surtout pour le plaisir, pour explorer, pour concrétiser des idées qui me hantent. Sans pression commerciale, juste pour l’amour des mots et de l’expérimentation littéraire. C’est ma bulle de liberté créative.

Votre mot préféré ? Et une faute qui vous horripile ?
Sur un plan technique, j’aime le terme « optimisation », je le place parfois un peu trop.
Sur un plan poétique, j’aime les mots visuels, graphiques, ceux qui créent immédiatement une image. En ce moment, je suis obsédée par le vocabulaire de la décomposition — je rends Baudelaire et sa Charogne responsables !
Quant aux barbarismes, ils me sautent aux yeux naturellement, mais je ne m’en offusque jamais. Mon métier, c’est justement d’accompagner les gens vers l’amélioration, pas de les juger. Tout le monde a le droit de progresser !
Quel regard portez-vous sur l’avenir des métiers de l’écriture et de l’édition ?
Ce secteur a toujours été en mutation, et encore plus depuis l’arrivée d’internet. Aujourd’hui, une nouvelle révolution est en marche avec l’intelligence artificielle. Certains éditeurs font des choix radicaux, comme Harlequin qui remplace ses traducteurs par l’IA.
Je pense qu’il faut rester lucide : refuser ces outils serait une erreur. L’important, c’est de s’adapter, de se former, tout en gardant le cap sur l’essentiel : respecter la vision artistique des auteurs et répondre aux attentes des lecteurs. La transparence sera notre meilleure alliée dans cette transition.
Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un qui rêve d’écrire un livre ?
Lance-toi, tout simplement !
1. Planifie un sommaire qui surprend et captive
2. Fais des recherches, compile-les pour enrichir ton univers
3. Consacre de l’attention à tes fiches-personnages
4. Et maintenant, GO ! Écris sans te censurer
5. Profite de cette parenthèse que tu t’offres.
L’écriture doit rester un plaisir avant tout.
Merci pour cette interview éclairante sur vos différentes facettes et vos opinions sur le monde de l’écriture. Alors pour finir, une dernière questions pour la route … avez-vous une devise qui vous guide au quotidien ?
Pas de grande citation, juste du réalisme pur. Chaque matin, je me dis : « Debout, tu n’as pas le choix ! » Et hop, la journée commence. C’est pragmatique, mais ça marche. L’action avant tout.
Vous retrouverez les actualités d’Oriana sur ses différents réseaux sociaux, sur le site internet de La petite rédac’ ainsi que via son portfolio ci-dessous.







