📚 TABLE DES MATIÈRES

  1. La lettre
  2. La rencontre avec le Cusipata
  3. La critique du dogmatisme chrétien
  4. L’appel à la tolérance et au droit naturel
  5. Le rôle de Déterville
  6. Analyse linéaire

La lettre

Je ne manquerai plus de matière pour t’entretenir, mon cher Aza ; on m’a fait parler à un Cusipata que l’on nomme ici Religieux, instruit de tout, il m’a promis de ne me rien laisser ignorer. Poli comme un Grand Seigneur, sçavant comme un Amatas, il sçait aussi parfaitement les usages du monde que les dogmes de sa Religion. Son entretien plus utile qu’un Livre, m’a donné une satisfaction que je n’avois pas goûtée depuis que mes malheurs m’ont séparée de toi.

Il venoit pour m’instruire de la Religion de France, & m’exhorter à l’embrasser ; je le ferois volontiers, si j’étois bien assurée qu’il m’en eût fait une peinture véritable.

De la façon dont il m’a parlé des vertus qu’elle prescrit, elles sont tirées de la Loi naturelle, & en vérité aussi pures que les nôtres ; mais je n’ai pas l’esprit assez subtil pour appercevoir le rapport que devroient avoir avec elle les mœurs & les usages de la nation, j’y trouve au contraire une inconséquence si remarquable, que ma raison refuse absolument de s’y prêter.

À l’égard de l’origine & des principes de cette Religion, ils ne m’ont paru ni plus incroyables, ni plus incompatibles avec le bon sens, que l’histoire de Mancocapa & du marais Tisicaca, ainsi je les adopterois de même, si le Cusipata n’eût indignement méprisé le culte que nous rendons au Soleil ; toute partialité détruit la confiance.

J’aurois pû appliquer à ses raisonnemens ce qu’il opposoit aux miens : mais si les loix de l’humanité défendent de frapper son semblable, parce que c’est lui faire un mal, à plus forte raison ne doit-on pas blesser son ame par le mépris de ses opinions. Je me contentai de lui expliquer mes sentimens sans contrarier les siens.

D’ailleurs un intérêt plus cher me pressoit de changer le sujet de notre entretien : je l’interrompis dès qu’il me fut possible, pour faire des questions sur l’éloignement de la ville de Paris à celle de Cozco, & sur la possibilité d’y faire le trajet. Le Cusipata y satisfit avec bonté, & quoiqu’il me désignât la distance de ces deux Villes d’une façon désespérante, quoiqu’il me fît regarder comme insurmontable la difficulté d’en faire le voyage, il me suffit de sçavoir que la chose étoit possible pour affermir mon courage, & me donner la confiance de communiquer mon dessein au bon Religieux.

Il en parut étonné, il s’efforça de me détourner d’une telle entreprise avec des mots si doux, qu’il m’attendrit moi-même sur les périls auxquels je m’exposerois ; cependant ma résolution n’en fut point ébranlée, je priai le Cusipata avec les plus vives instances de m’enseigner les moyens de retourner dans ma patrie. Il ne voulut entrer dans aucun détail, il me dit seulement que Déterville par sa haute naissance & par son mérite personnel, étant dans une grande considération, pourroit tout ce qu’il voudroit, & qu’ayant un Oncle tout puissant à la Cour d’Espagne, il pouvoit plus aisément que personne me procurer les nouvelles de nos malheureuses contrées.

Pour achever de me déterminer à attendre son retour (qu’il m’assura être prochain) il ajouta qu’après les obligations que j’avois à ce généreux ami, je ne pouvois avec honneur disposer de moi sans son consentement. J’en tombai d’accord, & j’écoutai avec plaisir l’éloge qu’il me fit des rares qualités qui distinguent Déterville des personnes de son rang. Le poids de la reconnoissance est bien léger, mon cher Aza, quand on ne le reçoit que des mains de la vertu.

Le savant homme m’apprit aussi comment le hazard avoit conduit les Espagnols jusqu’à ton malheureux Empire, & que la soif de l’or étoit la seule cause de leur cruauté. Il m’expliqua ensuite de quelle façon le droit de la guerre m’avoit fait tomber entre les mains de Déterville par un combat dont il étoit sorti victorieux, après avoir pris plusieurs Vaisseaux aux Espagnols, entre lesquels étoit celui qui me portoit.

Enfin, mon cher Aza, s’il a confirmé mes malheurs, il m’a du moins tirée de la cruelle obscurité où je vivois sur tant d’événemens funestes, & ce n’est pas un petit soulagement à mes peines, j’attens le reste du retour de Déterville ; il est humain, noble, vertueux, je dois compter sur sa générosité. S’il me rend à toi, Quel bienfait ! Quelle joie ! Quel bonheur !


Dans la lettre 21, Graffigny place donc Zilia au cœur d’un débat typique du siècle, le rapport entre religion et raison, et l’appel à un humanisme universel.


La rencontre avec le Cusipata

Dans cette lettre, Zilia raconte d’emblée sa conversation avec un Cusipata, mot qu’elle traduit par « religieux ». Ce terme «cusipata» est d’origine quechua (langue inca) et désigne un prêtre ; ici, il s’agit d’un ecclésiastique français venu tenter sa conversion. Dès la première phrase, le ton est poli et cérémonieux : « Je ne manquerai plus de matière pour t’entretenir, mon cher Aza ». Zilia montre d’abord sa gratitude : le religieux, décrit comme « poli comme un Grand Seigneur, savant comme un Amauta », lui a offert un entretien agréable, plus satisfaisant que n’importe quel livre. Le rapprochement paradoxal entre «Grand Seigneur» et «Amauta» (titre donné au sage inca) souligne un double aspect de l’homme : il a à la fois l’allure mondaine d’un noble et les connaissances d’un lettré. Ce portrait en apparence flatteur cache une ambivalence : le précepteur se fait professeur et gentilhomme à la fois, et son art de la conversation («entretien») est en réalité un outil de prosélytisme. Zilia le perçoit : elle avoue que « il venait pour m’instruire de la Religion… et pour m’exhorter à l’embrasser ». Le verbe « exhorter » indique un ton d’insistance qui sort du simple dialogue. La conversion est présentée par l’homme de religion comme une entreprise pédagogique classique (docere et placere), mélangeant instruction morale et séduction sociale. Grâce à cette description, Graffigny critique subtilement la méthode prosélyte : l’aimable conversation est un moyen détourné de faire abandonner les croyances de Zilia. Le parallèle entre «usages du monde» et «dogmes de sa religion» montre aussi que ce religieux maîtrise autant les codes sociaux que sa doctrine (comme le souligne l’insistance rythmique de la phrase).

Cependant, Zilia reste lucide et ne se laisse pas duper. Elle constate que, derrière les compliments et l’esprit, l’intention première du Cusipata est de la convertir. Le ton employé oscille entre politesse et distance, traduit par le conditionnel («je le ferais volontiers si…») qui montre qu’elle doute de la bonne foi du récit du prêtre. Dans sa narration, Zilia expose froidement le plan de son interlocuteur sans jamais perdre son calme : elle explique qu’il cherche à « m’instruire… et à m’exhorter à l’embrasser ». Le choix des mots – le préfixe ex- suggérant une action hors d’elle-même, le double sens galant du verbe « embrasser » – confère à son récit une ironie implicite. L’analyse de ce passage révèle que Zilia, tout en feignant une extrême modestie (dirait «je n’ai pas l’esprit assez subtil»), se sert de l’ironie pour mettre à jour l’ambiguïté de l’action du religieux. Ainsi, la première partie de la lettre présente la situation : un dialogue étudié entre l’autochtone et l’étranger éclairera bientôt des enjeux bien plus profonds.


La critique du dogmatisme chrétien

Zilia ne critique pas la foi elle-même, mais bien la manière dont la religion catholique est pratiquée en Occident. Elle reconnaît que les vertus mises en avant par le religieux sont «tirées de la loi naturelle et en vérité aussi pures que les nôtres». Par ce comparatif égalitaire, elle établit d’emblée un terrain commun : Inca ou Chrétien, tous poursuivent la même morale universelle. Mais elle ajoute aussitôt une réserve pleine d’ironie : elle n’a «pas l’esprit assez subtil pour apercevoir le rapport que devraient avoir ces vertus avec les mœurs et les usages de la nation» française. Autrement dit, Zilia constate un décalage frappant entre les idéaux prêchés et la réalité de la pratique sociale. Le mot « mais » introducteur marque cette rupture du discours : la jeune Péruvienne feint la naïveté pour mieux souligner l’«inconséquence si remarquable» des Européens.

Graffigny s’appuie sur le contraste lexical entre «vertus» (idéaux moraux) et «mœurs et usages» (comportements concrets) pour montrer que la religion professée n’a pas d’incidence réelle sur la conduite des gens. Elle met en évidence une hypocrisie perçante : les principes élevés du christianisme se heurtent dans la pratique quotidienne à la corruption ou à l’indifférence des croyants. Zilia note ce paradoxe en usant d’un vocabulaire fort («inconséquence», «rapport», «esprit», «raison»), soulignant que l’absence d’harmonie entre croyances et actes lui paraît «illogique». Ainsi se trouve illustrée la critique fine de Graffigny : ce n’est pas Dieu qu’elle remet en cause, mais l’«exercice » de la religion comme système fermé et dogmatique.

Cette réflexion conduit Zilia à opérer un dernier geste critique : elle veut comparer la structure des deux croyances. Elle admet que les récits fondateurs du christianisme («l’histoire de [son] passé») lui ont paru «ni plus incroyables ni plus incompatibles avec le bon sens» que la mythologie inca (Manco Cápac et le lac Titicaca). Par ce parallélisme de la double négation («ni plus… ni plus… que…»), elle place symboliquement le paganisme inca et le christianisme sur le même plan. Ce rapprochement peut étonner le lecteur du XVIIIᵉ siècle, mais il reflète le climat philosophique de l’époque : beaucoup d’auteurs (comme Voltaire) rêvaient d’une «religion universelle» fondée sur la raison commune, en rejetant les particularismes superstitieux de chaque confession.

Toutefois, le déroulement de la lettre montre que ce rapprochement idéel ne dure pas. Un événement scelle la déception de Zilia : le Cusipata manifeste ouvertement du mépris envers le culte du Soleil, auquel elle et les Incas sont dévoués. Ce moment blesse profondément Zilia, car elle perçoit la haine et la fermeture d’esprit du prêtre. Le texte signale très nettement ce choc : Zilia évoque la «peinture véritable» de la religion chrétienne qu’il lui aurait dû faire. Mais surtout elle conclut avec force que «toute partialité détruit la confiance» (phrase sentencieuse). En d’autres termes, tant que l’homme de Dieu rejette frontalement la foi de l’autre, aucune discussion ou sympathie n’est possible. Ce constat montre que Graffigny condamne le fanatisme religieux : elle n’hésite pas à retourner l’accusation de superstition contre le croyant trop sûr de son dogme.


L’appel à la tolérance et au droit naturel

Après avoir exposé son point de vue, Zilia prend naturellement le contre-pied du prosélytisme de son interlocuteur. Elle enseigne à son tour une leçon de tolérance sans le sermonner vertement : elle rappelle que les «lois de l’humanité» défendent de faire du mal aux autres. En effet, dans la lettre elle énonce que si frapper autrui est mal («loix de l’humanité défendent de frapper son semblable parce que c’est lui faire un mal»), à plus forte raison il est injuste de blesser un être par le mépris de ses croyances. Ce parallèle explicite entre corps et âme interdit le mépris dogmatique, et s’inspire clairement de l’Évangile (refus de la loi du Talion) tout en l’appliquant au débat entre religions. L’ironie est que cette tolérance est prêchée par une païenne inca, qui apparaît dans ce passage «plus chrétienne que le chrétien lui-même».

La référence aux «lois de l’humanité» (pluriel) inscrit le propos de Zilia dans un humanisme universel. Graffigny montre ici que ce ne sont pas les doctrines rigides qui importent, mais le respect mutuel des consciences. Ce plaidoyer humaniste préfigure les principes que proclamera la Révolution française un demi-siècle plus tard (déclaration des droits de l’homme, liberté de conscience). En refusant de «détruire [le prêtre] par le mépris de ses opinions», Zilia témoigne de cette idée lumineuse des Lumières : la seule croyance à rejeter est le fanatisme et la fermeture d’esprit. Cet appel à la tolérance constitue le cœur moral de la lettre : Zilia se présente comme défenseur d’une éthique naturelle et commune à tous les hommes, qu’ils soient Incas ou chrétiens. Sa sagesse pratique tranche radicalement avec l’étroitesse du religieux, et c’est précisément cette inversion qui saisit le lecteur : la jeune étrangère et «païenne» se fait l’apôtre d’une moralité plus haute que celle de ses prétendus guides spirituels.


Le rôle de Déterville

Après ce débat religieux, Zilia change de sujet : elle interroge le prêtre sur la distance et l’itinéraire qui séparent Paris de Cuzco. Elle cherche à vérifier si retourner chez elle est envisageable. Cette transition dans la lettre est marquée par sa résolution retrouvée. Le Cusipata lui répond avec bienveillance en fournissant les renseignements demandés : il explique à Zilia comment Déterville, l’officier français qui l’a secourue, l’a sauvée (il a capturé le navire espagnol qui la portait) et la présente comme sa protectrice. Il lui annonce en outre que seul Déterville, de par sa naissance et ses relations – notamment un oncle puissant à la cour d’Espagne – détient les moyens d’agir pour lui rendre service. Le message est clair : pour retrouver Aza et son pays, Zilia doit désormais compter sur ce bienfaiteur.

Ce tournant donne à la lettre une tonalité d’espoir. Tout en apprenant le récit de son salut, la jeune femme reçoit la promesse concrète d’aide. Elle accepte avec reconnaissance l’idée d’attendre le retour de Déterville pour entreprendre son voyage de retour, consciente de ce qu’elle lui doit : *« Le poids de la reconnaissance est bien léger, mon cher Aza, quand on ne le reçoit que des mains de la vertu ». * Ce propos révèle que sa gratitude n’est pas un simple hommage social, mais un profond sentiment moral face à la générosité. La fin de la lettre, pleine d’allant, affirme la confiance de Zilia dans le caractère «humain, noble, vertueux» de Déterville : il représente à ses yeux l’allié dévoué qui saura la ramener à son amoureux. Ce dénouement met l’accent sur l’action efficace de la providence humaine (un militaire compatissant) plutôt que sur les institutions religieuses. Par-delà les péripéties, le lecteur voit que Zilia retrouve ici un atout précieux pour la suite du récit : un protecteur puissant, qui incarne l’autre visage de l’Europe, celui de la bonté plutôt que du fanatisme.


Analyse linéaire

Le fil de la lettre suit une progression logique qui reflète l’évolution de l’esprit de Zilia. Au début, la narratrice reprend contact avec Aza en s’efforçant de maintenir l’intimité de leur échange (« mon cher Aza »), tout en constatant que désormais ses lettres prennent plus une tournure de rapport d’expériences qu’un simple témoignage de sentiments personnels. Le choix de s’exprimer en détail sur une rencontre montre qu’elle veut donner «matière à entretenir» leur dialogue malgré la distance. Le ton est pondéré et courtois : Zilia relate les faits avec calme, usant souvent du conditionnel («je le ferais volontiers si j’étais bien assurée…») pour exprimer ses doutes et ses critiques de manière mesurée.

Lors de la description du Cusipata, la phrase descriptive « Poli comme un grand Seigneur, savant comme un Amauta » (tirée du texte) crée un rythme rapide et élégant (parallélisme d’adjectifs et de comparaisons égales) qui valorise à première vue l’homme. Puis le récit glisse subtilement vers l’exposé du projet d’«instruit» et d’«exhorte» le musulman. Zilia insère son jugement dans l’énoncé : elle se donne une posture d’analyste perspicace, dévoilant l’intention cachée du religieux. On perçoit l’ironie sous-jacente dans sa reconstitution très factuelle : derrière l’apparence aimable du prêtre, elle reconnaît un procédé de séduction morale.

Le passage central, où Zilia compare les valeurs des deux religions, est formulé comme une réflexion quasi didactique. Le rythme change : on passe d’une description narrative à un langage de raisonnement, ponctué de conjonctions et de négations logiques. La jeune femme emploie des structures symétriques («ni plus incroyables, ni plus incompatibles… que l’histoire de Manco-Capac») pour prouver l’égalité de fond des deux croyances. Cet effet d’écho confère solennité et poids argumentatif à ses paroles, comme si elle prenait du recul pour raisonner tranquillement. Elle renforce ensuite son propos en listant les conséquences négatives du fanatisme (« tout parti pris détruit la confiance »). Chaque énoncé de Zilia est court et incisif à ce stade, soulignant la certitude de son point de vue.

Enfin, au dernier paragraphe, la tonalité évolue vers l’espoir et l’action. Zilia passe du jugement abstrait aux faits concrets de son existence : elle raconte comment Déterville vient d’apporter les nouvelles de son salut et de son avenir. Le rythme de la narration s’accélère légèrement, avec des verbes d’action et d’attente («j’attends le retour de Déterville», « je dois compter sur sa générosité »). Le vocabulaire devient plus émotionnel – soulignant la joie et la confiance – contrastant avec la réserve analytique du début. Ce changement reflète le soulagement de Zilia : la raison la remet en mouvement vers son but (retour à Aza).

Dans la lettre 21, Graffigny alterne ainsi la description, la réflexion philosophique et le récit d’action, selon un ordre qui suit la logique interne de l’héroïne. Les phrases introductives permettent de replacer le sujet («J’ai parlé à un Cusipata…») avant de plonger dans l’analyse critique de la rencontre. Chaque partie du texte correspond à une phase de pensée de Zilia : l’observation du prêtre, la comparaison des croyances, puis le renversement des rôles (elle qui enseigne au religieux les principes d’humanité). Le style reste toujours clair et posé, adapté au caractère raisonnable de l’héroïne. Cette lettre se structure donc comme un échange fictif : tout en racontant les faits, Zilia argumente, questionne et réaffirme ses valeurs.

Au terme de la lecture, on peut noter que la syntaxe délibérée (emploi du subjonctif dans les hypothèses, dialogues rapportés, phrases rythmiques) sert à la fois l’analyse de la situation et la démonstration morale. Chaque ligne fait avancer d’un cran la compréhension du lecteur : d’abord sur les intentions du religieux, ensuite sur le contraste croyance/comportement, puis sur la conclusion morale. La lettre se conclut sur une touche optimiste (attente du retour de Déterville) qui ouvre sur la suite de l’histoire. Au total, l’analyse linéaire montre que Graffigny a soigneusement structuré ce texte pour guider le lecteur du constat de l’incohérence au triomphe de l’humanisme, en empruntant la voix vive de Zilia.


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