Vous découvrez l’univers de Tolkien et vous avez peur de perdre le fil ? On vous comprend. Pour y voir plus clair dans La Communauté de l’Anneau, nous vous avons préparé un guide aux petits oignons : une synthèse globale pour saisir l’essentiel, suivie d’un résumé détaillé par chapitre. Que vous cherchiez un point précis ou une vue d’ensemble, tout est là pour vous accompagner dans la Terre de Milieu.
📄 Résumé court
Bilbon Sacquet, un Hobbit de la paisible Comté, célèbre ses 111 ans en organisant une fête grandiose à Cul-de-Sac. Ce hobbit excentrique, qui ne semble pas vieillir depuis son aventure jadis avec un dragon, profite de cette occasion pour faire ses adieux à sa contrée natale. Au milieu du banquet jovial, Bilbon prononce un discours d’adieu et, à la stupéfaction générale, disparaît brusquement en utilisant un anneau magique qu’il a trouvé des années plus tôt. Gandalf le Gris, un magicien ami de longue date, le pousse ensuite à laisser cet Anneau à son jeune cousin et héritier, Frodon Sacquet. Bilbon, bien que réticent à se séparer de son « précieux » trésor, cède finalement et quitte la Comté pour un dernier voyage, confiant son domaine et l’Anneau Unique à Frodon.
Frodon vit ensuite paisiblement à Cul-de-Sac pendant plusieurs années, sans connaître la vraie nature de l’Anneau. Gandalf, de son côté, parcourt le monde pour éclaircir ses doutes : il découvre que l’Anneau de Frodon est en fait l’Anneau Unique forgé par Sauron, le Seigneur des Ténèbres autrefois vaincu. Ce bijou maléfique permettrait à Sauron de recouvrer toute sa puissance s’il le récupérait. Le danger est imminent : les neuf Cavaliers Noirs de Sauron, appelés Nazgûl, sillonnent déjà les terres à la recherche de l’Anneau. Gandalf revient en hâte en Comté et presse Frodon de quitter sa chère demeure sans tarder, afin de soustraire l’Anneau aux serviteurs du Mal qui approchent.
Par une nuit d’automne, Frodon quitte enfin la Comté en secret. Il emmène avec lui Sam Gamegie, son fidèle jardinier, et Peregrin “Pippin” Touque, un jeune cousin espiègle. Chemin faisant à travers champs et sentiers, ils remarquent bien vite qu’ils sont traqués : les Cavaliers Noirs rôdent sur la route derrière eux. À plusieurs reprises, les Hobbits échappent de justesse à ces spectres en se cachant sous les talus ou dans les fourrés lorsque l’un des sinistres poursuivants s’approche en reniflant l’air. Une nuit, ils rencontrent un groupe d’Elfes errants qui les accueillent brièvement et confirment que de sombres créatures sont à leurs trousses. Réconfortés par cette rencontre, les trois compagnons poursuivent leur route vers l’est le plus vite possible.
Au terme de leur périple dans la Comté, les quatre Hobbits atteignent la maison de Crickhollow, où Merry et Pippin révèlent qu’ils connaissent l’existence de l’Anneau et le projet de Frodon. Cette « conspiration » amicale assure à Frodon qu’il ne sera pas seul. Ils décident donc de quitter le Pays de Bouc dès l’aube en empruntant la Vieille Forêt, un chemin détourné pour semer les Cavaliers Noirs qui rôdent.
La Vieille Forêt s’avère être un lieu ancien et ensorcelé. Dès leur entrée sous son feuillage dense, les Hobbits ressentent une hostilité diffuse. Le bois semble doué d’une volonté propre : les arbres bougent imperceptiblement pour détourner les voyageurs. Bientôt, le quatuor s’égare et tombe sous l’influence maléfique du Vieux Saule, un arbre gigantesque et vengeur qui capture Merry et Pippin dans son tronc. Frodon et Sam, impuissants, reçoivent alors l’aide providentielle de Tom Bombadil, un étrange personnage à l’allure joyeuse et énigmatique. Bombadil est un être ancien, maître absolu sur son petit domaine sauvage. Chantant à tue-tête, il contraint l’arbre à relâcher ses proies et invite les Hobbits chez lui. Durant deux jours, Frodon, Sam, Merry et Pippin se reposent dans la maison accueillante de Tom Bombadil et de sa compagne Baie d’Or. Tom égaye ses invités par des chansons et récits mystérieux ; il connaît les secrets de la forêt et semble même connaître Gandalf. Quand Frodon lui montre l’Anneau Unique, Tom Bombadil le manipule sans en être affecté, le rendant ensuite à Frodon avec indifférence, seul indice que cet être bon vivant est bien plus puissant et ancien qu’il n’y paraît.
Reprenant leur route après cette escale enchantée, les Hobbits traversent les Hauts des Galgals, de sinistres collines brumeuses où, dit-on, rôdent des esprits malfaisants. La prophétie se réalise : un tombe-esprit capture les quatre compagnons et les emprisonne dans un tumulus sombre. Piégés sous terre, engourdis par un charme maléfique, ils frôlent la mort. Frodon, rassemblant son courage malgré la terreur glaciale qui le paralyse, invoque Tom Bombadil en chantant une comptine d’appel apprise chez lui. Promptement, Tom accourt et dissipe l’entité maligne du tertre. Libérés, Merry, Pippin, Sam et Frodon émergent à la lumière du jour, éprouvés mais saufs. Tom les réconforte et leur remet des épées d’anciennes lames forgées jadis par les Hommes de l’Ouest, récupérées dans la sépulture profanée. Armés désormais de ces dagues aux vertus particulières, les Hobbits gagnent la lisière du royaume de Bree, dernière halte civilisée avant les vastes terres sauvages.
Au village de Bree, Frodon et ses compagnons trouvent refuge à l’auberge de l’Estanquet (« Le Poney Fringant »), tenue par l’aubergiste Prosper Poiredebeurre. Ils tentent d’y passer inaperçus sous de faux noms pour échapper aux ennemis qui les poursuivent. Mais l’apparition de quatre Hobbits étrangers attise vite la curiosité des habitants, et sans doute l’attention d’espions malveillants. Lors d’une soirée à l’auberge, Frodon provoque accidentellement un incident : alors qu’il chante sur une table pour divertir l’assemblée, il trébuche et l’Anneau Unique glisse à son doigt, le faisant disparaître aux yeux de tous. Ce tour de « magie » involontaire sème le trouble dans la salle. C’est alors qu’un rôdeur nommé Grands-Pas intervient. Celui-ci, un homme grand et mystérieux qui hantait l’auberge en observant les Hobbits, leur révèle en privé qu’il connaît leur mission et qu’il souhaite les aider. Méfiants d’abord, Frodon et ses amis sont rassurés lorsque Grands-Pas se fait identifier par une lettre de Gandalf laissée chez l’aubergiste. Gandalf avait anticipé ce rendez-vous et recommandé de faire confiance à ce rôdeur. Grands-Pas n’est autre qu’Aragorn, héritier en exil des rois du Gondor, et un ami de Gandalf.
Guidés par Aragorn, les Hobbits quittent Bree de nuit, échappant de peu à une attaque des Cavaliers Noirs qui saccagent l’auberge peu après leur départ. Le petit groupe s’enfonce dans les terres désolées de l’Eriador en direction de Fondcombe, le refuge des Elfes où Gandalf les a conviés. Aragorn mène un chemin prudent à travers collines et marais pour distancer les Nazgûl. Malgré toutes les précautions, les Cavaliers Noirs les retrouvent sur l’antique colline d’Amon Sûl (le Mont Venteux). Une nuit, sur ce promontoire en ruine, les neuf Spectres de l’Anneau attaquent les campeurs terrifiés. Au cours de l’escarmouche, Frodon cède à la fascination de l’Anneau et le met au doigt, ce qui lui révèle le visage spectral du Roi-Sorcier d’Angmar, chef des Nazgûl. Celui-ci poignarde le hobbit à l’épaule avec une lame maudite. Aragorn et les autres Hobbits parviennent à faire fuir les Nazgûl à coups de torches et de lames de fortune, mais la blessure de Frodon est grave. L’éclat de la lame Morgul reste dans sa plaie, menaçant de le tuer lentement en le faisant sombrer dans un monde d’ombres.
Affaibli et fiévreux, Frodon doit être conduit d’urgence à Fondcombe avant que le mal ne le consume. Le voyage vers l’est se transforme en course contre la montre. En chemin, le groupe rencontre fort heureusement un puissant Elfe envoyé à leur rencontre : Glorfindel, seigneur de Fondcombe (dans certaines versions de l’histoire, c’est l’elfe Arwen qui prend ce rôle). Glorfindel place Frodon mourant sur son cheval elfique et défie les Nazgûl qui les talonnent. Aux abords du gué de la rivière Bruinen, les Neuf Cavaliers lancent une dernière charge pour s’emparer de l’Anneau. Ils sont submergés par une crue soudaine : les eaux du Bruinen, déchaînées par le pouvoir d’Elrond le Seigneur de Fondcombe et la magie d’eau d’Arwen, engloutissent les Nazgûl et leurs montures dans un flot impétueux. Epuisé, Frodon s’évanouit en franchissant le gué, mais il a atteint sa destination saine et sauve.
À son réveil, Frodon se trouve rétabli à Fondcombe, la demeure d’Elrond. Ce dernier, seigneur elfique sage et bienveillant, a soigné sa blessure à temps. La maison d’Elrond offre un havre de paix où les voyageurs retrouvent un repos bien mérité. Frodon y retrouve avec joie Bilbon, qui vit retiré parmi les Elfes, ainsi que Gandalf, absent depuis leur départ de la Comté. Le magicien explique qu’il a été retenu prisonnier par le traître Saroumane, autre magicien jadis sage mais corrompu par son désir du pouvoir de l’Anneau. Entre-temps, d’autres voyageurs sont arrivés à Fondcombe, portant les nouvelles troubles des quatre coins de la Terre du Milieu. Parmi eux figurent Legolas, un prince Elfe de la Forêt Noire venu annoncer l’évasion de Gollum (l’ancienne créature qui possédait l’Anneau et que Sauron torture pour obtenir des informations), et Gimli, un Nain du peuple de Durin, accompagné de son père Glóin, venu chercher conseil. Boromir, fils du régent de Gondor, est aussi présent : il a voyagé des terres du Sud après un rêve prophétique lié à l’Anneau. Toutes ces personnes se réunissent bientôt autour d’Elrond pour un Conseil historique.
Lors du Conseil d’Elrond, les récits de chacun révèlent la menace grandissante de Sauron. On apprend comment l’Anneau Unique fut forgé par Sauron il y a des siècles pour dominer les peuples libres, comment Isildur le coupa de la main de Sauron mais échoua à le détruire, et comment l’Anneau perdit Isildur avant de passer par hasard entre les mains de Gollum et finalement de Bilbon. Gandalf rapporte également la trahison de Saroumane, qui convoite l’Anneau pour lui-même et lève une armée à Isengard. La question cruciale se pose : que faire de l’Anneau Unique ? Boromir propose de l’utiliser comme une arme contre l’Ennemi, mais cette idée est rejetée car l’Anneau corrompt toute volonté et ne peut être manié sans risquer de servir Sauron. La seule solution est de le détruire en le jetant dans les feux de la Montagne du Destin, au cœur du Mordor, où il fut créé. Un silence pesant accueille cette mission désespérée, car nul ne souhaite s’en charger – jusqu’à ce que Frodon, humblement, se porte volontaire. Le frêle Hobbit comprend que le sort de son monde repose entre ses mains : c’est lui qui porte le fardeau de l’Anneau, et lui seul peut approcher la Montagne du Destin sans succomber à son appel. En entendant Frodon offrir ses services avec tremblement, Gandalf et les autres sont émus par son courage. Elrond entérine alors la formation de la Communauté de l’Anneau : un groupe de neuf compagnons pour protéger le porteur de l’Anneau et l’épauler dans sa quête. Aux quatre Hobbits (Frodon, Sam, Merry, Pippin) s’ajoutent Gandalf, Aragorn, Legolas, Gimli et Boromir – neufs marcheurs contre les neuf Nazgûl. Ainsi se forme la Communauté de l’Anneau, alliance de races et de royaumes unies dans l’espoir de contrecarrer l’Ombre.
Après quelques semaines de préparatifs à Fondcombe, la Communauté de l’Anneau se met en route vers le Mordor en plein cœur de l’hiver. La tâche est ardue : ils doivent traverser les Monts Brumeux qui barrent le chemin vers l’est, tout en évitant les espions de l’Ennemi. Gandalf mène le groupe d’abord vers le col enneigé de Caradhras, espérant passer la montagne discrètement. Mais Caradhras, sommet réputé maléfique, déclenche une tempête de neige et de roche qui bloque le passage. Sous la tourmente, les Neuf Marcheurs frôlent la mort gelés. Après une lutte acharnée contre les éléments, ils renoncent au col et redescendent. Gandalf propose alors une solution dangereuse : traverser la montagne par en dessous, en empruntant les tunnels de la Moria, l’ancien royaume nain de Khazad-dûm, désormais désert et plein d’ombres.
Craignant les périls qui s’y terrent, Aragorn et Boromir hésitent, mais le besoin de progresser l’emporte. Aux portes ouest de la Moria, dissimulées près d’un lac, Gandalf doit résoudre l’énigme magique gravée sur le seuil (« Parlez, ami, et entrez ») pour ouvrir l’entrée scellée. À peine la porte s’ouvre-t-elle que le Guetteur de l’Eau, une horrible créature tentaculaire du lac noir, surgit et attaque. Les compagnons se réfugient de justesse à l’intérieur et la créature fait écrouler la porte derrière eux, scellant l’issue. Dorénavant, la Communauté est contrainte de traverser toute la Moria et d’en retrouver seule la sortie est.
Dans les galeries noires de Moria, un silence funèbre règne. Les voyageurs découvrent avec tristesse que le royaume souterrain est une tombe collective : les Nains de Balin, qui avaient tenté de recoloniser Khazad-dûm, ont été anéantis par les Orques. Au cœur de la Moria, la Communauté tombe sur la Chambre de Mazarbul, la salle du tombeau de Balin. Ils y trouvent le Livre de Mazarbul relatant les derniers instants tragiques des Nains assiégés. Ce moment de recueillement est interrompu par l’arrivée d’une horde d’Orques tambourinant dans les tunnels. Une bataille éclate dans la salle funéraire : les compagnons repoussent tant bien que mal les assaillants, Gimli combattant avec rage sur la tombe de son cousin Balin. Un troll des cavernes force l’entrée et manque de tuer Frodon, sauvé in extremis par sa cotte de mailles en mithril, un cadeau précieux de Bilbon qui amortit le coup de lance. Finalement, Gandalf parvient à retarder l’ennemi en scellant magiquement la porte, et le groupe s’enfuit à travers les couloirs plongés dans la pénombre, avec les orques à leurs trousses.
La fuite aboutit à un pont étroit de pierre au-dessus d’un gouffre sans fond : le pont de Khazad-dûm, seul chemin vers la sortie. Tandis que la Communauté traverse un par un, une silhouette de cauchemar surgit dans la lueur des flammes : un Balrog, démon de l’ancien monde, s’avance, tout de feu et d’ombre, pour barrer leur fuite. Gandalf affronte cette créature immense sur le pont pour protéger ses amis. Brandissant son bâton et l’épée Glamdring, le vieux magicien tient tête au Balrog et lui intime l’ordre de ne pas passer. Dans un duel titanesque, il brise le pont sous les pieds du monstre, qui bascule dans l’abîme, mais au dernier instant le Balrog fouette l’air de son fouet enflammé et entraîne Gandalf dans sa chute. Sous les yeux horrifiés de Frodon et des autres, Gandalf disparaît dans les ténèbres en criant à ses compagnons de continuer sans lui. Bouleversés et en larmes, les huit survivants quittent la Moria en courant, émergeant à la lumière du jour de l’autre côté des Monts Brumeux sans leur guide et ami.
Désorientée et accablée de chagrin, la Communauté trouve refuge dans le bois doré de Lothlórien, royaume elfique caché dirigé par le Seigneur Celeborn et la Dame Galadriel. Les Elfes de Lórien, alertés par Aragorn, acceptent d’accueillir les compagnons endeuillés, à condition qu’ils se laissent bander les yeux pour préserver le secret des sentiers de la forêt. Lothlórien se révèle un sanctuaire de beauté et de paix où le temps semble suspendu. Au cœur de la cité des arbres, Caras Galadhon, Frodon et ses amis sont présentés à Galadriel, dont la présence est à la fois bienfaisante et pénétrante. La Dame Elfe s’adresse à chacun par la pensée, sondant leur cœur et ranimant leur courage ébranlé. Toutefois, Boromir et les autres ressentent confusément la puissance intimidante de Galadriel et la tentation que l’Anneau pourrait représenter même pour elle. Lors d’une soirée, Galadriel montre à Frodon et Sam son Miroir magique, un bassin argenté où défilent des visions du passé, du présent et de possibles avenirs. Sam y voit sa Comté menacée, tandis que Frodon entrevoit l’Œil ardent de Sauron qui le cherche, ainsi que la silhouette blanche de Gandalf en péril. Éprouvé, Frodon propose alors l’Anneau à Galadriel, se disant que son sagesse la rendrait plus apte à le garder. Galadriel résiste à la terrible tentation : elle imagine ce qu’elle deviendrait en cédant à l’Anneau – une reine puissante et redoutable, corrompue par le mal, et en frissonne. Ayant surmonté cette épreuve morale, la Dame de Lórien refuse l’Anneau et choisit de rester elle-même, « toute petite » aux yeux du monde, plutôt que de devenir une tyranne maléfique. Ce moment confirme l’importance de la mission de Frodon et renforce sa détermination.
Après un temps de repos et de deuil à Lórien, la Communauté doit repartir. Avant le départ, Celeborn et Galadriel honorent chacun des compagnons par des présents qui s’avéreront précieux : des capes elfiques à la discrétion magique, des barques légères pour descendre le Grand Fleuve Anduin, de la nourriture elfique (le lembas) pour soutenir leur voyage, et des cadeaux spéciaux pour chacun (une dague pour Merry et Pippin, un arc neuf pour Legolas, une ceinture d’or pour Boromir, les trois cheveux dorés de Galadriel pour Gimli en gage d’amitié entre Elfes et Nains, la fiole de lumière d’Eärendil pour Frodon, et une corde elfique pour Sam). Emues, les deux parties se disent adieu : les neuf compagnons ne sont plus que huit, mais ils repartent galvanisés par la grâce et la clairvoyance de Galadriel.
Les compagnons voguent alors sur l’Anduin vers le sud, emportés par le courant à bord de leurs frêles embarcations. Le voyage est d’abord calme, le large fleuve les portant rapidement loin de Lórien. Cependant, l’ombre de l’ennemi les suit toujours : de nuit, une nuée d’Orques embusqués sur les rives les prend pour cible de flèches, et une créature ailée maléfique, sans doute un Nazgûl monté sur un monstrueux oiseau, survole le fleuve. Legolas, aux yeux perçants, décoche une flèche qui abat la bête volante, dissipant provisoirement le danger. À l’approche des chutes de Rauros, le paysage se fait grandiose : les Argonath, deux gigantesques statues de pierre des anciens rois gardiens du Gondor, se dressent de part et d’autre du fleuve, impressionnant particulièrement Aragorn qui est leur héritier. C’est à Parth Galen, sur la rive occidentale du fleuve en vue des chutes, que la Communauté accoste pour décider de la route à suivre. L’Anneau doit-il partir vers l’est, en territoire ennemi, pour être détruit au plus vite ? Ou les héros doivent-ils d’abord accompagner Boromir au Gondor pour aider à la guerre contre Sauron ? Ce choix pèse lourd sur Frodon, qui sent déjà l’influence pernicieuse de l’Anneau semer le doute et la discorde parmi ses compagnons.
Tiraillé par l’urgence de la mission et la peur de l’échec, Frodon s’isole un moment pour réfléchir sur la colline d’Amon Hen, le « Mont du Regard ». C’est alors que Boromir, cédant aux murmures de l’Anneau qui attisent son désir de sauver son propre peuple, le rejoint. Le fils de l’Intendant de Gondor est persuadé que l’Anneau pourrait être utilisé comme une arme par les Hommes. Sous l’emprise de cette tentation, Boromir perd son sang-froid et exige de Frodon qu’il lui remette l’Anneau. Terrifié, Frodon refuse ; Boromir entre dans une colère désespérée et tente de s’emparer de l’Anneau de force. Aussitôt, Frodon enfile l’Anneau Unique et disparaît pour échapper à Boromir. Ce dernier, recouvrant sa lucidité, est accablé de honte : il réalise qu’il vient de trahir la confiance de la Communauté en succombant au pouvoir corrupteur de l’Anneau. Pendant que Boromir s’effondre, Frodon, invisible, aperçoit du haut d’Amon Hen la vision de l’Œil de Sauron qui le cherche. Horrifié, il ôte l’Anneau et reprend sa décision : il ne peut mettre en danger ses amis plus longtemps.
En bas de la colline, la Communauté se disperse à la recherche de Frodon, sans savoir ce qui s’est passé. Aragorn retrouve Boromir en pleurs qui avoue sa faute. Au même moment, une troupe d’Orques, spécialement envoyée par Saroumane et Sauron pour capturer Frodon et l’Anneau, fond sur eux. Boromir se lance alors à la défense de Merry et Pippin, combattant vaillamment les Uruk-hai aux portes de la forêt voisine. Il sonne du cor de Gondor pour alerter ses compagnons, mais la bataille tourne mal : Merry et Pippin sont submergés et faits prisonniers par les Orques, qui cherchent les hobbits dans l’espoir d’attraper le porteur de l’Anneau. Boromir est percé de flèches en protégeant jusqu’au bout les deux jeunes Hobbits ; gravement blessé, il ne peut empêcher leur capture. Aragorn arrive trop tard sur le lieu du combat, juste à temps pour entendre les derniers mots de Boromir repentant et promettre de sauver Merry et Pippin. Pendant ce temps, Frodon a rejoint la berge du fleuve où l’attendait Sam. Comprenant que son maître compte partir seul vers le Mordor, Sam refuse de l’abandonner. Malgré son appréhension et ne sachant pas nager, il se jette à l’eau quand Frodon prend la barque pour traverser le fleuve. Frodon sauve in extremis son ami de la noyade, ému par sa détermination. C’est donc ensemble que Frodon et Sam, sans guide ni renforts, décident de poursuivre la quête vers la terre maléfique de Mordor.
Ainsi s’achève le premier tome, sur la dissolution de la Communauté de l’Anneau. Les neuf compagnons se sont retrouvés dispersés par les épreuves : Gandalf a sacrifié sa vie face au Balrog, Merry et Pippin ont été enlevés par les Orques, et Boromir a succombé à la tentation puis à la mort en cherchant sa rédemption. Aragorn, Legolas et Gimli se retrouvent désemparés mais résolus à ne pas abandonner. Quant à Frodon, le Porteur de l’Anneau, il a compris que la charge qu’il porte ne peut être partagée indéfiniment sans mettre en péril ceux qu’il aime. Prenant son courage à deux mains, il s’enfonce avec Sam dans l’inconnu vers le Mordor, décidé à mener sa mission à bien ou à périr en chemin. L’avenir de la Terre du Milieu repose désormais sur la ténacité de ce humble Hobbit et sur la loyauté inébranlable de son jardinier, tandis que la grande Guerre de l’Anneau s’annonce à l’horizon.
📕 Résumé par chapitre
Chapitre I
Le récit commence en l’an 3001 du Troisième Âge, lors d’une fête d’anniversaire mémorable dans la Comté. Bilbon Sacquet, riche Hobbit excentrique, célèbre ce jour-là ses 111 ans en même temps que son cousin adoptif Frodon, qui lui fête ses 33 ans (majorité chez les Hobbits). À Cul-de-Sac, leur demeure, Bilbon organise une réception fastueuse ouverte à tout Hobbitebourg. Feux d’artifice grandioses (offerts par Gandalf le Gris), cadeaux farfelus et festin abondant mettent tous les convives en joie. Bilbon, malgré son âge avancé, apparaît étonnamment vif et inchangé, ce qui alimente depuis longtemps les rumeurs sur sa personne.
Au milieu de la soirée, Bilbon prononce un discours d’adieu devant ses invités rassemblés sous une grande tente. Après quelques traits d’humour Hobbit, il annonce qu’il quitte la Comté. Il conclut en disparaissant soudainement dans un éclair, grâce à un anneau magique qu’il porte discrètement au doigt. L’assemblée est stupéfaite : Bilbon s’est littéralement évaporé sous leurs yeux, ne laissant derrière lui que des rires gênés et des chuchotements incrédules. Tandis que les convives désorientés finissent la fête sans l’hôte, Bilbon s’éclipse vers Cul-de-Sac où l’attend Gandalf. Le magicien, ami de longue date, n’est pas surpris par la farce de Bilbon car ils en avaient convenu ainsi. En réalité, Bilbon se sent depuis quelque temps « mince et étiré, comme du beurre raclé sur trop de pain », fatigué par sa longue possession de l’Anneau. Il aspire à voyager une dernière fois et à se retirer en paix.
Dans sa demeure, Bilbon prépare son départ définitif. Il lègue tous ses biens à Frodon, notamment Cul-de-Sac et le mystérieux Anneau d’or trouvé jadis lors de ses aventures. Cependant, au moment de se séparer de cet anneau qu’il appelle “mon précieux”, Bilbon éprouve un étrange accès de tension : il hésite, s’irrite, et semble presque sous l’emprise d’une force jalouse. Gandalf doit se montrer ferme pour dissiper le malaise : il rappelle à Bilbon la promesse faite de laisser l’Anneau derrière lui. Finalement, comme soulagé d’un poids, Bilbon abandonne l’Anneau sur le foyer et embrasse Frodon en adieu. Il confie aussi à son jeune cousin un livre de mémoires en cours d’écriture et s’en va, sac au dos, chantonnant, rejoindre Gandalf à l’extérieur. Dans la nuit, Bilbon quitte la Comté en secret, accompagné de trois Nains, le cœur léger et l’esprit en quête de nouvelles aventures en Terre du Milieu.
Frodon Sacquet se retrouve alors seul propriétaire de Cul-de-Sac et gardien involontaire de l’Anneau. Gandalf le met en garde : il soupçonne qu’il s’agit d’un objet puissant et potentiellement dangereux. Le magicien ne révèle pas encore tout ce qu’il sait ou conjecture, mais insiste pour que Frodon garde l’Anneau secret et en sécurité. Après avoir promis de revenir avec plus d’informations, Gandalf quitte à son tour Hobbitebourg le lendemain, laissant Frodon perplexe mais obéissant. Le chapitre se conclut sur un Hobbit déconcerté par la tournure des événements : son oncle bien-aimé a disparu de la Comté, lui léguant un héritage inattendu , un anneau magique dont il ignore encore la véritable nature, et peut-être une mission qui le dépasse.
Chapitre II
Dix-sept années s’écoulent après le départ de Bilbon. Frodon, désormais maître de Cul-de-Sac, mène une vie paisible et discrète en Comté. Pendant ce temps, Gandalf parcourt le monde pour en apprendre plus sur l’Anneau légué à Frodon. Un soir du printemps, le magicien réapparaît à Cul-de-Sac, le visage grave.
Dans le salon, Gandalf soumet l’anneau de Frodon à une épreuve : chauffé au feu, le bijou révèle une inscription incandescente en langue de Mordor. Cette marque confirme les soupçons du magicien. Il explique alors à Frodon la véritable nature de l’anneau : c’est l’Anneau Unique forgé autrefois par le Seigneur des Ténèbres, Sauron, pour dominer les peuples libres, perdu depuis des siècles et finalement ramassé par Bilbon durant son aventure. Sans le savoir, Bilbon avait gardé le trésor le plus recherché de l’Ennemi, et l’avait transmis à Frodon.
Sauron, apprend Frodon, a reconquis son pouvoir en Mordor et déploie déjà ses forces pour retrouver son anneau. Gandalf poursuit en révélant comment il a découvert ces informations : l’anneau corrompt ses possesseurs, à l’image de la créature Gollum qui le détenait avant Bilbon. Autrefois un hobbit nommé Sméagol, Gollum fut consumé par l’anneau et vécut des siècles misérables sous son emprise. Récemment, les espions de Sauron ont capturé Gollum et appris de lui que l’Anneau se trouvait chez un « Sacquet » dans la « Comté ». Sauron a d’ores et déjà lancé les Cavaliers Noirs sur cette piste.
Frodon est atterré. Il réalise que l’héritage de Bilbon fait peser un grand danger sur lui et sur toute la Comté. Tremblant, il s’écrie qu’il aurait mieux valu que Bilbon tue Gollum quand il en avait la chance. Gandalf, cependant, le reprend avec sagesse en vantant la pitié de Bilbon. Le magicien souligne qu’il ne faut pas juger trop vite qui mérite de mourir ou de vivre, et que même le sort de Gollum peut avoir un rôle à jouer. Frodon médite ces paroles empreintes de compassion et de sagesse.
Revenant à l’urgence présente, Frodon et Gandalf conviennent que l’Anneau ne peut rester ici. Les Neuf Cavaliers de l’ombre rôdent sans doute déjà aux frontières de la Comté. Frodon, malgré son effroi, accepte l’idée qu’il doit partir loin avec l’Anneau pour détourner le mal de la Comté. Il décide de quitter sa maison. Gandalf conseille de viser le refuge elfique de Fondcombe comme destination. Le magicien ne peut rester et promet de revenir dès que possible. D’ici là, Frodon devra se montrer très prudent et garder l’Anneau absolument secret.
Alors que la décision est prise, un bruit de chute se fait entendre sous la fenêtre ouverte. Gandalf se précipite dehors et attrape un individu caché dans les massifs : c’est Sam Gamegie, le jeune jardinier de Frodon. Tremblant, Sam craint d’être puni pour sa curiosité. Voyant la loyauté indéfectible du jardinier, Gandalf décide que Sam accompagnera son maître dans ce voyage. Ravi, Sam jure de ne jamais abandonner Frodon. Le chapitre s’achève sur cette scène à la fois solennelle et touchante : Frodon, malgré la peur de l’inconnu, se prépare à quitter la Comté, désormais épaulé par son ami Sam, tandis que les Nazgûl approchent de la Comté.
Chapitre III
L’été suivant, Frodon met en œuvre le plan convenu pour quitter la Comté incognito. Il feint de déménager : annonçant qu’il va s’installer dans le Pays de Bouc à l’est, il vend Cul-de-Sac à ses cousins Sacquet de Besace. En réalité, il projette de partir avec l’Anneau. Gandalf, qui devait revenir pour l’accompagner, ne s’est pas présenté à la date prévue, ce qui inquiète Frodon. Malgré tout, un soir de septembre, Frodon quitte Hobbitebourg à pied, discrètement. Il est accompagné de son jardinier Sam et de son jeune cousin Peregrin “Pippin” Touque. Merry les attendra plus tard dans le Pays de Bouc, où il prépare leur nouvelle maison de couverture. Les trois compagnons prennent la route de l’est sur les sentiers de campagne, chantant pour se donner du courage bien que le cœur de Frodon soit lourd en laissant derrière lui sa chère Comté.
Très vite, leur voyage prend une tournure inquiétante. Le premier jour, alors qu’ils suivent un chemin creux bordé de talus, Frodon entend derrière eux le bruit d’un grand cheval. Un réflexe de panique le pousse à crier à ses amis de sortir de la route. Tous trois se cachent derrière un talus, juste à temps : un Cavalier Noir surgit au trot. Emmitouflé dans une cape et cagoulé, il s’arrête non loin de leur cachette. Sous sa capuche sombre, aucun visage n’est visible, mais Pippin et Sam sentent une terreur glacée les envahir. Le Cavalier se penche comme pour flairer l’air. Frodon ressent soudain une pulsion irrésistible de mettre l’Anneau à son doigt, mais il la maîtrise de justesse. Après de longues secondes de suspense, le Cavalier Noir repart finalement, comme distrait par autre chose. Une fois le danger éloigné, Frodon et ses amis reprennent leur souffle, secoués : l’ennemi est déjà sur leurs traces.
Ébranlés mais déterminés à avancer, les hobbits décident d’éviter désormais la Grande Route. Ils coupent à travers champs et bosquets familiers. La nuit tombe sur leur première journée de voyage alors qu’ils progressent prudemment dans les bois. Soudain, alors que la nuit s’épaissit et qu’ils avancent à tâtons, une compagnie d’Elfes apparaît sur leur chemin. Il s’agit de Gildor Inglorion et de ses compagnons Elfes. Émerveillés (en particulier Sam, fasciné d’en voir pour la première fois), les hobbits acceptent l’invitation à partager leur feu et leur repas. Autour d’un feu clair, Frodon confie à demi-mot qu’il voyage vers l’est et qu’une ombre menaçante plane sur la Comté. Gildor semble deviner une part de la vérité, notamment qu’un danger nommé “les Neuf” poursuit Frodon. Il refuse cependant d’en dire trop, conseillant seulement au Hobbit de se méfier des Cavaliers Noirs et de hâter son pas vers sa destination. Les Elfes fournissent nourriture et protection aux trois hobbits pour la nuit. Rassuré par la présence de ces êtres anciens, Frodon s’endort sur un lit de mousse, Sam à ses côtés, la tête pleine des visions enchantées d’Elfes sous les étoiles.
Au petit matin, la compagnie elfique s’en est allée en leur laissant quelques provisions. Reconnaissants, Frodon, Sam et Pippin reprennent la route, le cœur partagé entre l’émerveillement de cette rencontre et l’inquiétude persistante des Cavaliers Noirs.
Chapitre IV
Au deuxième jour de leur voyage, Frodon, Sam et Pippin décident de couper à travers la campagne plutôt que de suivre les routes. Frodon espère ainsi devancer les Cavaliers Noirs. Ils empruntent un raccourci à travers les champs et les haies du Pays de Bouc en direction du Bac de Brandebouc. Pippin plaisante qu’un “raccourci” pourrait bien les retarder davantage, et il n’a pas tout à fait tort : le terrain accidenté et les détours pour éviter les chemins fréquentés leur font perdre du temps. L’après-midi touche à sa fin lorsqu’ils atteignent les terres de la ferme Maggotte (Bamfurlong), célèbres pour leurs champs de champignons.
Frodon s’inquiète : dans son enfance à Grand-Cour, il chapardait des champignons chez le vieux Maggotte, fermier bourru qui l’avait menacé de ses chiens. Ayant gardé un très mauvais souvenir de ce fermier, Frodon préfère contourner la ferme. Mais alors qu’ils longent prudemment les clôtures, d’énormes chiens se ruent vers eux en aboyant. Une voix autoritaire rappelle la meute : c’est Maggotte lui-même qui apparaît, armé d’un bâton. Frodon, terrifié, sort des fourrés pour se montrer. À sa surprise, le vieux Hobbit l’accueille cordialement : il a reconnu Frodon malgré les années. Il les invite tous les trois à entrer se réchauffer. Autour d’une bière et d’un ragoût copieux, l’ambiance se détend. Maggotte révèle alors qu’il a reçu la visite plus tôt dans la journée d’un étranger sinistre, entièrement vêtu de noir, qui cherchait “M. Sacquet”. Le Cavalier Noir a offert de l’or contre des informations, mais Maggotte, méfiant, l’a éconduit en affirmant ne connaître aucun Sacquet dans les parages. Cette histoire confirme aux hobbits que l’ennemi est déjà aux portes du Pays de Bouc.
La nuit tombée, Maggotte propose de conduire les trois amis en charrette jusqu’au bac de la rivière Brandevin. Il charge sur le chariot un panier généreux rempli de champignons, cadeau d’adieu pour Frodon, un clin d’œil malicieux à ses anciens larcins. Les hobbits montent à l’arrière, dissimulés sous une bâche. La carriole cahote dans le brouillard nocturne. À un moment, les chiens de Maggotte grondent : une ombre à cheval semble rôder non loin sur la route. Tous retiennent leur souffle, mais l’apparition disparaît sans les arrêter. Poursuivant sans encombre, ils arrivent finalement au Bac de Brandebouc, le passage du fleuve qui sépare la Comté du Pays de Bouc.
Au bord de l’eau, Merry Brandebouc les attend avec inquiétude. Apprenant les péripéties de ses amis et la présence des Cavaliers Noirs, il presse tout le monde d’embarquer sans tarder. Maggotte fait ses adieux et rebrousse chemin dans la nuit. Frodon, Sam, Pippin et Merry poussent la barque du bac sur le large fleuve et passent sur la rive est, hors de la Comté. Au même instant, sur la rive qu’ils viennent de quitter, une silhouette noire monte sur son cheval, arrivée trop tard pour les intercepter. Essoufflés mais soulagés, les hobbits mettent pied à terre en sécurité dans le Pays de Bouc. Grâce à l’aide inespérée de Maggotte, le “raccourci” de Frodon s’est finalement bien terminé : ses amis et lui ont semé au moins provisoirement leurs poursuivants, et Frodon savoure la récompense de cette étape difficile en croquant dans un de ses champignons favoris.
Chapitre V
Arrivés à Crickhollow, une petite maison isolée près de Fondrière-des-Chevaux dans le Pays de Bouc, les hobbits retrouvent Fredegar “Fatty” Bolger, un ami qui avait aidé Merry à préparer le déménagement de Frodon. Exténués et crottés, ils savourent enfin le confort d’un foyer. Une succession de bains chauds et un dîner plantureux raniment leur esprit. Frodon, pourtant, demeure soucieux : il n’a toujours pas expliqué à Merry et Pippin qu’il compte repartir dès le lendemain, seul, pour éloigner l’Anneau du Pays de Bouc. Il redoute leur réaction et cherche les mots pour les convaincre de rester en arrière.
Alors que la soirée se prolonge autour du feu, Merry décide de crever l’abcès. À la stupeur de Frodon, son cousin lui révèle calmement qu’ils connaissent déjà tout de ses projets. Pippin et lui ont depuis longtemps deviné que Frodon préparait un départ secret pour suivre les traces de Bilbon – ils ont observé ses comportements étranges ces derniers mois, entendu des bribes de conversations, et même fait espionner Sam (de connivence avec eux). Sidéré, Frodon réalise qu’une conspiration amicale s’était tramée sous son nez pour l’empêcher de filer en douce ! Merry continue en détaillant ce qu’ils savent : l’Anneau découvert par Bilbon, l’ombre qui inquiète Gandalf, et la probable nécessité pour Frodon de quitter la Comté. Le principal intéressé, bouche bée, admet finalement la véracité de leurs déductions. Il s’inquiète toutefois : cette affaire est très dangereuse et il jugeait plus prudent de voyager seul.
À ces mots, Merry, Pippin et même Fatty protestent vivement. Ils refusent que Frodon parte affronter l’inconnu sans amis à ses côtés. Pippin s’exclame qu’il irait jusqu’au Mordor avec Frodon s’il le fallait ! Ému aux larmes, Frodon accepte leur aide. Son isolement prend fin : il n’est plus un porteur solitaire d’un fardeau terrible, mais le chef malgré lui d’une petite compagnie dévouée. Après un dernier trait d’humour pour détendre l’atmosphère, Merry fait remarquer à Frodon qu’ils l’ont “coincé” comme un vulgaire bandit, le groupe passe aux décisions pratiques. Il est convenu que Fatty Bolger restera à Crickhollow pour faire croire que Frodon s’y installe vraiment : il tiendra ainsi en échec d’éventuels poursuivants en retardant la découverte de la ruse. Frodon, Sam, Merry et Pippin, eux, partiront dès l’aube par la porte dérobée du jardin, en s’enfonçant directement dans la vieille forêt voisine. Ce chemin est réputé peu engageant, mais justement : aucun Cavalier Noir ne pensera à y chercher des hobbits. Sur ces plans, tout le monde va se coucher pour grappiller quelques heures de sommeil.
Ce chapitre se conclut sur le soulagement de Frodon : le secret est levé, et loin d’y perdre, il y a gagné la solidarité inconditionnelle de ses amis. Malgré les épreuves à venir, le jeune Sacquet éprouve de la gratitude et du courage en sentant autour de lui l’affection et la détermination de ses trois camarades, prêts à braver les ténèbres à ses côtés.
Chapitre VI
À l’aube grise du lendemain, Frodon, Sam, Merry et Pippin quittent la maison de Crickhollow en silence. Ils sortent par une porte dérobée du jardin et, sans être vus, passent une barrière pour pénétrer dans la Vieille Forêt. Cette forêt millénaire borde le Pays de Bouc à l’est, et les habitants du coin la disent étrange et hostile aux étrangers. Les jeunes hobbits en ont entendu maintes légendes effrayantes, mais ils n’ont guère le choix : pour échapper aux Cavaliers Noirs, mieux vaut emprunter ce bois que les chemins connus.
Dès les premiers pas sous le couvert des arbres, l’atmosphère se révèle oppressante. Le sous-bois baigne dans une pénombre verdâtre, et les arbres semblent chuchoter entre eux d’un air menaçant. Clairement, la Vieille Forêt n’aime pas la présence des intrus. Merry, qui connaît un peu les lieux, mène le groupe le long d’un sentier à peine tracé. Cependant, le sentier finit par les mener près d’un cours d’eau stagnante appelée la Rivelée. C’est un endroit connu pour ensommer les imprudents. Sous la chaleur lourde de midi, une somnolence irrésistible s’empare d’eux. Pippin baille, Merry se plaint d’une fatigue soudaine. Sur la berge ombragée se dresse un immense saule gris : on le dirait le doyen maléfique de cette forêt.
Les quatre amis, fatigués, s’accordent une pause au bord de l’eau. Bercés par le murmure des feuilles, ils s’assoupissent sans méfiance. Soudain, Sam se réveille en sursaut, alerté par un bruit d’éclaboussure. Il découvre Frodon dans l’eau jusqu’aux genoux, se débattant : une racine du grand saule l’a poussé du talus dans la rivière ! Sam se précipite et aide Frodon à sortir trempé mais sain et sauf. Un cri retentit alors : Merry appelle au secours d’une voix étouffée. Sam et Frodon constatent avec horreur que Merry et Pippin ont disparu – ils sont littéralement coincés à l’intérieur du tronc fendu du vieux saule ! Seules leurs jambes dépassent, agitées de soubresauts paniqués. Le vieil arbre carnivore est en train de les engloutir vivants.
Affolés, Frodon et Sam tentent tout pour libérer leurs amis. Ils hurlent, secouent les branches, puis essayent d’allumer un feu contre le tronc pour forcer le saule à lâcher prise. L’arbre réagit en serrant davantage ses prisonniers : Pippin pousse un faible gémissement, tandis que Merry ne répond plus. Désespéré, Frodon court le long du talus en criant à l’aide. C’est alors qu’une voix chantante et claire lui répond au loin, se rapprochant rapidement. À travers les arbres apparaît un étrange personnage à la barbe brune, vêtu de bleu et chaussé de bottes jaunes : Tom Bombadil entre en scène.
D’un ton jovial mais autoritaire, Tom s’adresse au saule comme à une vieille connaissance. Il frappe le tronc du pied en sommant l’arbre de relâcher ses prisonniers. Aussitôt, le vieil arbre frissonne et recrache Merry et Pippin : les deux hobbits roulent au sol, haletants mais sains et saufs. Riant de bon cœur, il rassure les hobbits stupéfaits. Frodon et Sam, bouleversés, remercient chaleureusement leur sauveur. Tom les invite alors à venir se reposer chez lui, dans sa demeure située non loin à la lisière de la forêt, où sa femme les attend. Épuisés et reconnaissants, les hobbits acceptent avec soulagement. Suivant ce joyeux personnage hors de la clairière maudite, ils quittent la Vieille Forêt pour se diriger vers la maison de Tom Bombadil, curieux de découvrir qui est cet être singulier qui traite les arbres et les maux anciens avec une telle aisance.
Chapitre VII
Les quatre hobbits suivent Tom Bombadil hors de la forêt jusqu’à une coquette maison nichée près des Hauteurs des Galgals. Sur le seuil, une femme elfe à la beauté lumineuse les accueille avec bonté : c’est Baie d’Or, l’épouse de Tom. Elle semble être l’esprit de la rivière voisine, tant sa grâce et sa voix claire rappellent l’eau vive. Les hobbits, encore tremblants de leur aventure, sont émerveillés par ce havre inattendu. Baie d’Or les installe comme des invités de marque : des bassins d’eau chaude les attendent pour le bain, puis un festin de pain, de miel et de fruits leur est servi. Réconfortés, vêtus d’habits propres prêtés par Tom, Frodon, Sam, Merry et Pippin passent la soirée au coin du feu à écouter leurs hôtes.
Tom Bombadil est un personnage fascinant pour les hobbits. Tour à tour jovial et profond, il parle de la forêt et de ses créatures comme d’anciennes connaissances. Pippin finit par demander ingénument : « Qui êtes-vous, Monsieur Bombadil ? » Baie d’Or rit doucement et répond simplement : « Il est. » Tom lui-même élude la question en chantonnant qu’il est le Maître des bois, de l’eau et des collines. Il ne revendique aucun autre titre, mais on comprend qu’aucun mal ne peut toucher son petit royaume tant qu’il y veille. Frodon se risque alors à évoquer l’Anneau qu’il porte. Tom Bombadil réagit de façon déconcertante : il réclame d’examiner l’objet d’un air curieux. Par confiance, Frodon lui tend l’Anneau Unique. Tom le fait aussitôt disparaître d’une pichenette… puis éclate de rire et le rend au Hobbit stupéfait. L’Anneau n’a aucun effet visible sur Tom Bombadil, il ne devient pas invisible en le touchant, et quand Frodon, par jeu, passe l’Anneau à son propre doigt pour s’éclipser, Tom continue de le voir parfaitement. Cette démonstration abasourdit Frodon : c’est la première personne qu’il rencontre sur qui l’Anneau semble impuissant. Tom se contente de sourire comme si de rien n’était, avant d’entamer une longue histoire en vers sur les origines de la forêt.
Les hobbits passent deux nuits sous le toit hospitalier de Tom et Baie d’Or, se sentant en sécurité absolue. Le deuxième soir, Tom leur raconte des légendes plus vastes : il évoque les temps anciens, l’arrivée des hommes dans la région, les tumulus disséminés sur les Hauts des Galgals où d’antiques guerriers furent inhumés. Il met en garde ses jeunes amis contre ces collines brumeuses qui bordent le chemin vers l’est : d’étranges esprits y rôdent, dit-on. Si d’aventure ils se trouvaient en danger sur ces hauteurs, Tom leur enseigne un chant magique à entonner pour appeler son secours. Le lendemain à l’aube, le ciel est clair et les hobbits se sentent reposés, comme régénérés par ce séjour enchanté. Il est temps de repartir : Frodon et ses compagnons font leurs adieux à Baie d’Or, qui leur offre à chacun un nénuphar d’or en souvenir. Tom Bombadil les guide un bout de chemin à travers la bruyère jusqu’aux limites de son domaine. Là, il les salue joyeusement et disparaît en chantant sur le sentier. Revigorés et le cœur plein de gratitude, Frodon, Sam, Merry et Pippin reprennent leur route, prêts à traverser les Hauts des Galgals en direction de Bree, munis des conseils et de la protection bienveillante de Tom.
Chapitre VIII
Après avoir quitté Tom Bombadil, les Hobbits s’engagent sur les Hauts des Galgals, une vaste étendue de collines parsemées d’antiques tertres funéraires. Au matin, l’air est vif et le soleil dissipe les derniers souvenirs oppressants de la forêt. Joyeux et confiants, Frodon, Sam, Merry et Pippin progressent parmi les collines, en visant la Grande Route de l’Est qui mène à Bree. Tom leur a rappelé d’éviter de s’attarder près des tertres et de rester ensemble.
Vers midi, cependant, une brume étrangement froide s’élève soudain des creux entre les collines. Un brouillard blanc et dense enveloppe le paysage, effaçant l’horizon. Perdant leurs repères, les Hobbits se dispersent en cherchant la sortie de ce voile opaque. Bientôt, Frodon réalise qu’il est seul : aucun signe de Sam ou des autres. Angoissé, il avance à tâtons et croit apercevoir une silhouette massive se dresser devant lui. Brusquement, une ombre frappe Frodon à la tête, il s’effondre et tout devient noir.
Frodon reprend conscience dans les ténèbres glaciales d’un endroit clos et lugubre. Il distingue faiblement Merry, Pippin et Sam étendus près de lui, inconscients, étroitement enlacés de chaînes d’herbe. Leurs visages sont pâles comme la mort. Ils semblent allongés sur un autel au milieu d’une chambre funéraire souterraine. Autour d’eux, des objets précieux étincellent faiblement : épées rouillées, bijoux ternis, ossements… Une incantation murmurée résonne : une voix caverneuse chante une litanie maléfique dans une langue oubliée. Frodon voit alors un Bras blafard, émacié mais puissant, se mouvoir dans l’ombre, il tient un long poignard et s’approche du cou de Merry.
Terrorisé, Frodon est tenté de fuir en se réfugiant dans un coin du caveau. Mais une bouffée de courage et le souvenir des conseils de Gandalf et de Tom Bombadil l’en empêchent. Plutôt mourir en combattant que de laisser ses amis être égorgés ! Dans un sursaut héroïque, il attrape une petite épée à ses pieds (probablement l’arme d’un ancien guerrier enterré là) et tranche d’un coup le poignet du Bras spectral. Un cri perçant retentit. Profitant de l’instant, Frodon entonne de toute sa voix le chant d’appel que Tom lui a enseigné. À peine a-t-il commencé qu’une faille s’ouvre dans la paroi et qu’un rai de soleil matinal perce l’ombre. La silhouette rassurante de Tom Bombadil apparaît dans cette clarté soudaine.
En quelques instants, Tom dissipe le charme du Spectre des Galgals qui hantait ce tertre. Il tire les Hobbits hors de la tombe humide, les traîne à l’extérieur sur l’herbe fraîche. Merry, Pippin et Sam reprennent leurs esprits dans la clarté bienvenue du jour. Ils frissonnent en voyant le tertre derrière eux s’effondrer et disparaître, anéanti par le chant puissant de Tom. Bombadil a aussi récupéré leurs poneys égarés non loin. Il sort du tumulus un trésor utile : plusieurs lames d’épées ouvragées, forgées jadis par les Hommes de l’Ouest. Tom remet à chacun des Hobbits une de ces dagues « pour ne pas continuer le voyage sans armes », dit-il. Frodon et ses compagnons s’inclinent avec reconnaissance devant leur sauveur, une fois de plus sauvés par sa magie bienfaisante.
Comme le jour décline, Tom Bombadil escorte les Hobbits jusqu’à la lisière des Hauts des Galgals, où la Route de l’Est s’étire devant eux. Non loin brillent les premières lumières de Bree. Le cœur léger malgré leurs haillons, les quatre voyageurs remercient chaleureusement Tom. Celui-ci les salue d’un dernier geste amical et rebrousse chemin en chantant, disparaissant dans les brumes du soir. Ragaillardis et désormais armés de ces dagues affûtées, Frodon, Sam, Merry et Pippin prennent la direction de Bree, village-frontière où ils espèrent trouver gîte et peut-être des nouvelles de Gandalf.
Chapitre IX
À la nuit tombée du 29 septembre, les quatre Hobbits atteignent enfin le village de Bree, aux confins est de la Comté. Bree est un bourg curieux où cohabitent des Hommes et des Hobbits, point de rencontre des routes commerciales. Aux portes du village, le garde de la palissade s’étonne de voir des voyageurs hobbits arriver si tard, mais les laisse entrer après quelques questions. Frodon et ses compagnons se dirigent vers la large auberge visible au centre : l’auberge du Poney Fringant.
Dans la salle commune enfumée de l’auberge, l’atmosphère est chaleureuse mais tous les regards se tournent vers les nouveaux venus. Prosper Poiredebeurre, le propriétaire, accueille les hobbits avec bonhomie. Frodon se présente sous le faux nom de Monsieur Soucolline (Underhill) pour ne pas attirer l’attention sur le nom “Sacquet”. Poiredebeurre leur sert un copieux dîner arrosé de bière brune de Bree. C’est la première fois que Sam et les autres voient tant d’étrangers à la ronde : des fermiers du coin, des Nains de passage, et dans un coin, un Homme étrange, visage dissimulé sous un capuchon et pipe aux dents, qui les observe silencieusement. On le surnomme Grands-Pas, apprend Merry d’un habitué ; c’est un rôdeur fréquentant rarement l’auberge, toujours solitaire.
Au fil de la soirée, Pippin, grisé par la bonne bière, commence à bavarder trop librement de leurs aventures en Comté. Pour le faire taire avant qu’il ne mentionne l’Anneau ou Bilbon, Frodon se lève et entame une chanson amusante afin de divertir l’assemblée. Debout sur une table, il chante avec entrain une ballade dansante sur un homme dans la Lune. Les clients ravis reprennent le refrain en frappant dans leurs mains. Mais à la fin d’un couplet, Frodon, emporté par son spectacle, fait un faux pas : il trébuche et s’écroule en arrière. Dans sa chute, par un malheureux réflexe, l’Anneau en poche glisse à son doigt… et Frodon disparaît brutalement aux yeux de tous !
L’assistance pousse un cri de stupeur. Des exclamations fusent : on réclame de la magie, on accuse le jeune Soucolline de mauvais tours. Plus une trace de Frodon sur la table, seule reste sa voix, invisible, qui s’excuse péniblement avant de se volatiliser. Pippin et Sam, affolés, quittent la salle à la recherche de leur ami. Quelques instants plus tard, Frodon réapparaît subrepticement près du comptoir et rabat en hâte l’Anneau dans sa poche. Le mal est fait : une méfiance lourde pèse désormais sur les Hobbits. Prosper Poiredebeurre tente de calmer ses clients mécontents, tandis que le mystérieux rôdeur Grands-Pas fixe Frodon d’un regard perçant. Il intime discrètement au Hobbit de le suivre dans un coin à l’écart.
Malgré sa frayeur et sa honte, Frodon s’approche de l’homme qui se nomme Grands-Pas. Celui-ci lui glisse à voix basse qu’il sait beaucoup de choses sur sa véritable identité et sur le danger qui le poursuit. Il met Frodon en garde : son imprudence vient de révéler sa présence à Bree à d’éventuels ennemis. Le rôdeur offre son aide et propose de discuter en privé. Méfiant mais n’ayant guère le choix, Frodon conduit Grands-Pas dans le salon particulier où Sam et Pippin se sont réfugiés. Bientôt Prosper Poiredebeurre les rejoint, l’air confus, en tenant une lettre cachetée qu’il avait oubliée de remettre à “M. Sacquet” des mois plus tôt…
Ce chapitre se termine sur cette atmosphère tendue : la couverture de Frodon est compromise, un étranger inquiétant se mêle à leurs affaires, et l’aubergiste s’apprête à révéler un message important longtemps retardé.
Chapitre X
Dans le salon privé de l’auberge, les Hobbits font face à l’inconnu surnommé Grands-Pas. Grâce à la lettre remise par Poiredebeurre, la situation s’éclaire : cette missive, écrite par Gandalf il y a trois mois, avertit Frodon du danger imminent et lui recommande de se méfier de quiconque – hormis un certain rôdeur du nom de Grands-Pas. Gandalf révèle aussi l’identité réelle de ce dernier : Aragorn, héritier du noble peuple des Dúnedain du Nord. Soulagé par cette preuve de bonne foi, Frodon accepte enfin l’aide de Grands-Pas. Sam demeure un brin méfiant mais ne s’y oppose pas, comprenant l’utilité d’un tel guide dans l’inconnu qui les attend. Aragorn leur promet de les mener à Fondcombe (Rivendell) où Gandalf souhaitait qu’ils se rendent. Il se désole toutefois d’apprendre que Gandalf ne les a pas rejoints : il espérait arriver avant eux, signe qu’un contretemps grave l’a empêché.
La compagnie décide de quitter Bree dès l’aube, le plus discrètement possible. Ils refusent de dormir dans les chambres prévues, de peur d’une nouvelle intrusion malveillante. Une précaution sage : au petit matin, Nob, le garçon de l’auberge, vient leur annoncer une mauvaise nouvelle. Durant la nuit, quelqu’un a forcé l’écurie : tous les poneys se sont enfuis ou ont été volés. Pire encore, quand Nob inspecte la chambre que Frodon aurait dû occuper, il la trouve sens dessus dessous, la fenêtre brisée et le matelas éventré d’un coup de lame. Les Cavaliers Noirs ou leurs complices sont manifestement passés à l’action pendant la nuit. Heureusement, grâce à la vigilance de Grands-Pas, les Hobbits ont échappé à l’attaque en restant hors des lits piégés.
Après avoir payé Poiredebeurre pour le poney perdu, la petite troupe doit se procurer une monture pour porter les bagages. Un homme du village, Bill Fougeron, leur vend un piètre poney mal nourri pour un prix exorbitant. Aragorn accepte le marché à contrecœur : ce poney famélique (que Sam baptise affectueusement Bill) sera toujours d’une aide précieuse pour porter vivres et couvertures. Le 30 septembre, juste après l’ouverture des portes de Bree, Frodon, Sam, Merry et Pippin s’éclipsent hors du village guidés par Aragorn. Ils évitent la route principale, préférant s’enfoncer dans les terres sauvages du Chetwood pour semer d’éventuels poursuivants. Au dernier moment, ils aperçoivent Bill Fougeron chuchotant avec un homme à l’allure de Sudiste louche : sans doute des espions de l’ennemi, se dit Frodon avec inquiétude.
Commence alors un long périple à pied à travers des contrées désertes. Aragorn impose un rythme soutenu, s’arrêtant peu et privilégiant des sentiers écartés. Pendant plusieurs jours, les voyageurs ne rencontrent âme qui vive. La météo empire : ils traversent les marais des Midgewater, où d’innombrables insectes piqueurs les harcèlent sans répit. Couvert de piqûres, Pippin gémit, mais Aragorn presse le pas. Le soir du cinquième jour de marche, ils atteignent une hauteur d’où se profile, à quelques lieues au sud, une cime solitaire : Amon Sûl, le Mont Venteux. Aragorn indique que c’est un ancien poste de garde des royaumes d’antan. Ils s’y rendront le lendemain pour évaluer la situation. Cependant, il semble préoccupé : des traces de feu trouvées en chemin laissent penser que Gandalf est passé récemment par là et y a combattu. Sans le dire à ses compagnons pour ne pas les alarmer, Aragorn redouble de prudence à l’approche du Mont Venteux. Ils installent un campement modeste non loin d’Amon Sûl, prêts à gravir la colline le lendemain, sans se douter que l’ennemi pourrait déjà rôder dans les parages.
Chapitre XI
Le 6 octobre, Aragorn guide les Hobbits au sommet d’Amon Sûl (le Mont Venteux). Sur cette colline antique trônent les ruines d’une vieille tour de guet. Aragorn y découvre un signe laissé par Gandalf : des traces de feu et un gravage indiquant que le magicien était présent ici le 3 octobre. Malheureusement, Gandalf n’est plus là. Du haut d’Amon Sûl, la vue porte à des dizaines de kilomètres à la ronde : Aragorn aperçoit au loin des formes sombres se mouvant sur la Grande Route vers l’est. Peut-être des Cavaliers… L’atmosphère devient pesante. À la nuit tombée, le groupe ne campe pas au sommet trop exposé mais redescend établir un feu dans un creux à mi-pente.
Peu après minuit, alors que les Hobbits somnolent près du feu et qu’Aragorn veille, cinq silhouettes menaçantes émergent des ténèbres autour du camp. Ce sont les Spectres de l’Anneau, les Cavaliers Noirs, qui forment un demi-cercle et avancent lentement vers les voyageurs pétrifiés. Aragorn brandit une torche et ordonne aux Hobbits de rester en arrière. Pippin et Merry, transis de peur, ne bougent plus ; Sam tremble mais se poste bravement devant Frodon. Une force maléfique submerge Frodon qui, oubliant les avertissements, cède à la tentation de mettre l’Anneau à son doigt pour échapper à l’horreur. Aussitôt, le monde bascule pour lui : il voit maintenant les Cavaliers sous leur vraie forme spectrale, des ombres couronnées aux yeux ardents. Le plus grand de ces Nazgûl, leur Roi-Sorcier, s’avance et lève une épée longue et effilée vers Frodon. Celui-ci, invisible aux yeux de ses amis mais non pour le Roi-Sorcier, est frappé à l’épaule par la lame glaciale de l’ennemi. Dans un ultime effort, Frodon, maîtrisant sa terreur, invoque à haute voix Elbereth et frappe le pied du chef Nazgûl avec sa petite épée. Le Spectre pousse un cri aigu. Immédiatement, tous les Cavaliers noirs reculent et s’enfuient dans la nuit face à l’assaut d’Aragorn brandissant des tisons enflammés.
La menace écartée, Sam et Merry découvrent Frodon gisant à terre, gravement blessé. La courte épée du Hobbit s’est brisée sous le coup. Aragorn accourt auprès de Frodon revenu visible : il constate avec angoisse la plaie livide à l’épaule gauche de son compagnon. Le couteau du Roi-Sorcier s’est désintégré en poison dans la chair, ne laissant qu’un fragment de lame maudit logé près du cœur. Aragorn soigne du mieux possible, appliquant sur la blessure des feuilles d’asea aranion (athelas), une herbe aux vertus apaisantes. Frodon reprend conscience, mais il est fiévreux, transi de froid et incapable de bouger le bras. La Compagnie ne peut rester là : il faut conduire Frodon d’urgence à Fondcombe, chez Elrond qui seul pourrait le guérir.
Commence alors une course lente et angoissée vers l’est. Soutenu tant bien que mal sur le poney Bill, Frodon endure le supplice de la lame Morgul qui gèle peu à peu ses membres et menace de le plonger dans un sommeil fatal. Sam veille sur son maître jour et nuit, le suppliant de tenir bon. Aragorn presse le groupe malgré sa fatigue. Le 11 octobre, ils atteignent le Dernier Pont enjambant la rivière Mitheithel. Craignant une embuscade, Aragorn se réjouit d’y trouver un signe elfique de bienvenue indiquant que la voie est sûre jusqu’ici. Plus loin sur la route de Fondcombe, alors que Frodon s’affaiblit dangereusement, ils croisent soudain un cavalier lumineux vêtu de blanc se précipitant vers eux. Les Hobbits épuisés croient à une nouvelle apparition ennemie – mais Aragorn pousse un cri de joie en reconnaissant Glorfindel, un seigneur elfique envoyé par Elrond à leur rencontre.
Glorfindel examine Frodon et blanchit d’inquiétude : le mal est déjà bien avancé. Sans perdre un instant, l’Elfe place le Hobbit agonisant sur son cheval blanc et invite le reste de la troupe à suivre aussi vite que possible. Il reste encore une journée de voyage avant Fondcombe, et les Nazgûl sont sûrement sur leurs talons. Le chapitre se clôt sur un espoir inespéré mêlé d’urgence : guidés par Glorfindel, les Hobbits et Aragorn s’élancent dans une ultime course vers Fondcombe, déterminés à y parvenir avant que Frodon ne succombe au mal de l’Anneau.
Chapitre XII
Porté par l’intervention de Glorfindel, le groupe parcourt les derniers miles vers Fondcombe à vive allure. Les Hobbits épuisés et Aragorn harassé peinent à suivre le rythme soutenu de l’Elfe, mais l’état de Frodon empirant leur donne du courage. Derrière eux, un sentiment d’urgence croît : des cris aigus résonnent parfois au loin, suggérant que les Nazgûl se rapprochent. Le 20 octobre à l’aube, ils atteignent enfin la Bruinen, rivière frontière du pays d’Elrond, au niveau du Gué menant à Fondcombe. Sur la rive ouest, Glorfindel scrute l’arrière : neuf cavaliers noirs galopent, silhouettes sinistres se découpant dans la brume matinale. Plus de doute, les Nazgûl fondent sur eux pour un ultime assaut.
Sans hésiter, Glorfindel fait monter Frodon mourant sur son cheval blanc et murmure à l’animal un ordre en elfique. Le noble coursier s’élance tel le vent, franchissant le gué d’argent dans un éclaboussement d’écume. Frodon, à demi conscient, se cramponne tant bien que mal à la crinière. Les Nazgûl poussent leurs montures infernales à sa poursuite. Les voilà qui dévalent la berge alors que Frodon atteint à peine le milieu de la rivière agitée. Au même instant, sur l’autre rive, Aragorn, Glorfindel et les trois Hobbits restants brandissent leurs épées et leurs torches en criant pour détourner l’attention des spectres.
Au centre du torrent, Frodon, livide, se retourne une dernière fois. Rassemblés sur la berge ouest, les Neuf Cavaliers noirs lèvent leurs épées et lui intiment de revenir. Dans un sursaut de défi, le Hobbit blessé rassemble ses forces et leur crie de retourner d’où ils viennent. Le Chef des Nazgûl s’avance alors dans l’eau glacée, suivi de ses huit comparses, c’est l’instant que choisit le Bruinen pour se déchaîner. Une formidable vague en forme de chevaux d’écume déferle soudain en amont. En quelques secondes, un mur d’eau rugissant balaie le gué. Les Nazgûl, emportés par le flot furieux, hurlent de rage tandis que leurs montures sont submergées. Cette inondation magique, provoquée par Elrond (avec, dit-on, l’aide de Gandalf), anéantit en un éclair la menace des Cavaliers Noirs.
Tandis que les flots se calment, Frodon atteint la rive est sain et sauf, mais il glisse de cheval, épuisé. Aragorn et Glorfindel traversent en hâte pour le secourir. Frodon, les paupières lourdes, entend au loin des voix familières l’appeler ; un sentiment de paix l’envahit à mesure que le maléfice du poignard noir se dissipe. Ses dernières pensées avant de sombrer sont de soulagement et d’émerveillement : il est arrivé, Fondcombe n’est plus très loin, et l’Anneau est hors de portée de l’ennemi.

