Don Quichotte de la Manche | Miguel Cervantes

Chaque année, nous avons la preuve que l’hiver est une invitation à ralentir. Le soleil ne se hisse plus au zénith, les animaux entrent dans une léthargie relative et la flore s’est recroquevillée en attendant que l’énergie revienne. Le monde est censé hiberner et s’octroyer un repos mérité après des mois de labeur. Seul un être vivant semble déjouer les lois de la nature. Il s’affaire aux inventaires, aux clôtures de dossiers, aux préparations des fêtes de fin d’année. Il gave son estomac de mélanges en tout genre, et si qualité il y a, c’est surtout la quantité qui prime en cette période particulière.

L’Homme dilapide ainsi des forces nécessaires à son équilibre et se propulse à l’aube du printemps en étant sur les genoux physiquement ou mentalement, voire les deux. Sans doute est-ce là l’une des contradictions majeures de notre époque : nous avons un réel besoin de repos et nous ne saisissons que rarement la main tendue avec la saison hivernale par Dame Nature.

Cette pause est l’occasion de vous livrer une petite analyse d’un monument de la littérature mondiale, j’ai nommé Don Quichotte (1).

L’histoire

Alonso Quichano est un noble qui vit à travers sa collection de livres de chevalerie au point d’en perdre la raison et de se mettre sur les chemins de la Manche à la recherche d’aventures plus abracadabrantesques les unes que les autres. Il se fait rebaptiser don Quichotte et est accompagné par Sancho Panza, un écuyer qui le suivra lors de ses aventures. Le but de ces pérégrinations ? Défendre la veuve et l’orphelin et rendre le monde meilleur afin de séduire le cœur d’une certaine Dulcinée … qu’il n’a jamais vu. Don Quichotte déforme ainsi la réalité de bout en bout, prenant des moulins à vent pour des géants, un élevage de moutons pour une armée ou un morceau de ferraille pour le casque d’un illustre chevalier.

Don Quichotte est un roman en deux tomes, l’un publié en 1605 et l’autre en 1615. Il est rapidement entré dans la culture populaire tant et si bien que même des personnes n’ayant jamais lu l’histoire de don Quichotte savent, généralement qu’il s’agit, au minimum, d’un chevalier de pacotille sur sa monture et de son écuyer accompagné de son âne. Telle est la force des personnages devenus cultes.

« C’est alors qu’ils découvrirent dans la plaine trente ou quarante moulins à vent ; dès que don Quichotte les aperçut, il dit à son écuyer : 

— La chance conduit nos affaires mieux que nous ne pourrions le souhaiter. Vois-tu là-bas, Sancho, cette bonne trentaine de géants démesurés ? Eh bien, je m’en vais les défier l’un après l’autre et leur ôter à tous la vie. Nous commencerons à nous enrichir avec leurs dépouilles, ce qui est de bonne guerre ; d’ailleurs, c’est servir Dieu que de débarrasser la face de la terre de cette ivraie.

— ... Des géants ? Où ça? » (2) 

Dulcinée

Au-delà de la figure iconique des deux compères, un nom commun de la langue française est hérité de ce roman. Un mot qui est entré dans le langage courant et qui trouve son origine dans cette histoire. Ainsi, quand vous raillez quelqu’un avec des phrases du genre « As-tu trouvé ta dulcinée ? » ou « tu vas retrouver ta dulcinée ? », vous faites référence à Dulcinée de Toboso, la femme imaginée de toutes pièces par don Quichotte.

Le réel fantasmé 

Si ce roman histoire a traversé les siècles c’est d’abord parce qu’il  est considéré comme le premier roman moderne de l’Histoire de la littérature mondiale. Il mélange l’aventure, la satire, l’effet comique et la critique sociale tout en racontant une histoire qui se tient de bout en bout sur plus de mille pages.

L’intérêt majeur de don Quichotte reste son rapport au réel. Il ne cesse de déformer la réalité afin qu’elle coïncide avec son fantasme. Une auberge se profile à l’horizon? Il est convaincu qu’il s’agit d’un château. Il se réveille dans ladite auberge entourée d’outres de vin? Il les détruit une à une, s’imaginant qu’il s’agit d’ennemis dont il fait couler le sang (le vin). Il rencontre des prostituées? Il estime qu’elles sont des dames de la noblesse semblables à celles de ces romans sur la chevalerie.

À force de conviction dans ses délires, il finit même par influencer Sancho Panza, qu’il mène par le bout du nez. Ce dernier aura la certitude qu’il gouvernera un archipel alors qu’il s’agit, de nouveau, d’une divagation parmi tant d’autres.

Conclusion  

L’ingénieux hidalgo don Quichotte de la Manche est un classique qui a marqué la littérature. Il reste un indéboulonnable roman connu à travers le monde et par plusieurs générations de lecteurs. Je lui accorde beaucoup de qualités mais aussi quelques défauts. Est-ce dû à ma méconnaissance des codes culturels hispaniques ? Ce roman m’a, parfois, paru long et répétitif. Le ressort des aventures de don Quichotte est le même à chaque évènement et cela peut finir par lasser le lecteur une fois l’effet de surprise passé. Tout ceci n’est qu’une appréciation personnelle après tout.

À bientôt, 😉

Pour aller plus loin: L’analyse du roman par une chaîne YouTube que j’affectionne particulièrement (JPDepotte)


(1) CERVANTES M., L’ingénieux hidalgo Don Quichotte de la Manche, Éditions du Seuil, 1997.

(2) Ibid., P.101

3 réflexions sur “Don Quichotte de la Manche | Miguel Cervantes

  1. Merci de ce retour du chevalier à la triste figure très fréquentable, même s’il ne faut pas en abuser. Cent pages par-ci, cinquante par là et choisir son camp ou pas, Sancho, les pieds sur le sol, ou l’ingénieux Hidalgo à cheval sur Rossinante. Et savoir sans déplaisir que notre imaginaire danse la polka.

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